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esse arts + opinions

Numéro 75, printemps-été 2012, p. 78

Objets animés / Living Things

Direction : Sylvette Babin (directrice)

Rédaction : Sylvette Babin (rédactrice en chef)

Éditeur : Les éditions esse

ISSN : 0831-859X (imprimé)  1929-3577 (numérique)

esse045
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Compte rendu

Nicolas Baier, Galerie René Blouin, Montréal, du 18 février au 24 mars 2012

Jennifer Alleyn

Résumé | Extrait

Du pluriel, le voilà passé au singulier. Pour son quatrième solo chez René Blouin, Nicolas Baier crée entre autres l’oeuvre Vanité (2012), une évolution logique aux Vanités de 2010, où se juxtaposaient des miroirs surannés, réfléchissant l’absence de lumière. Fidèle à la devise de l’artiste : « où que l’oeil se pose, tout n’est que vanité », la nouvelle oeuvre quitte les strates de la matière mémoire pour sonder les affres de la solitude contemporaine. Celui qui par la photo scrutait ces derniers temps les stratifications géologiques du sol, fait jaillir ici une oeuvre sculpturale, mais toujours minérale – puisque composée de nickel –, pour donner corps à un environnement familier où la brillance plastique renforce la portée idéologique. L’artiste, qui se demandait en l’an 2000 s’il était encore possible de proposer des images, vient de se répondre à lui-même. Car Vanité, par sa facture chirurgicale, transforme l’espace de travail actuel – un bureau, une chaise, un ordinateur, deux écrans, des haut-parleurs et un numériseur reproduits à l’identique, mais entièrement coulés dans le nickel – en un polaroïd glaçant de tout ce que notre époque a de symptomatique : l’isolement de l’homme, la virtualité de son environnement, les possibles. Par une astuce subtile, le verre sans tain qui emboîte la pièce ne reflète pas ce qu’il y a à l’intérieur. Ainsi, le visiteur n’est-il jamais reflété par la surface. L’objet scintille en son écrin tel un objet de luxe, une voiture de collection, un bijou rare. Dans son coffret « claustrophobisant », la pièce trône et suscite le désir, mais l’objet est stérile. Et l’homme, un figurant disparu. De son propre aveu, la pièce est pour l’artiste « un cercueil refermé ». En arrière-plan, une photographie intitulée Canevas renvoie à la préhistoire. Appliquée au mur, la pièce présente en photomontage une caverne géante. On pense à Platon. Le contraste entre la matière fondamentale, originelle, incarnée dans cette paroi rocheuse et le monde...

Auteur : Jennifer Alleyn
Ouvrage recensé : Nicolas Baier, Galerie René Blouin, Montréal, du 18 février au 24 mars 2012
Revue : esse arts + opinions, Numéro 75, printemps-été 2012, p. 78
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66440ac

Tous droits réservés © Jennifer Alleyn, 2012

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