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ETC

Numéro 96, juin-octobre 2012, p. 6-16

Du spirituel dans l’art

Direction : Isabelle Lelarge (directrice) et Céline Pereira (directrice adjointe)

Rédaction : Isabelle Lelarge (rédactrice en chef)

Éditeur : Revue d'art contemporain ETC

ISSN : 0835-7641 (imprimé)  1923-3205 (numérique)

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Article

Croire et accroires. Entêtement et transfigurations du spirituel dans l’art actuel

Caroline Loncol Daigneault

Résumé | Extrait

Croire et accroires. Entêtement et transfigurations du spirituel dans l’art actuel S’il est vrai que notre époque est celle des microrécits et du révisionnisme historique, la figure du Sujet n’en reprend pas moins du galon, et avec elle, le registre des croyances, de l’introspection et du mystique. Les artistes y puisent des codes, une imagerie, des valeurs, des méthodes pour opérer une synthèse réconciliatrice. Il suffit de penser à la notion de présence, tant prisée dans l’art de la performance; aux pratiques faisant appel aux rituels de la prière, au recueillement et à la méditation; aux rites et aux figures tirés des spiritualités autochtones et orientales; ainsi qu’aux artefacts et vestiges matériels du religieux repérables dans la sculpture actuelle. Des figures bibliques ressurgissent, comme en témoignent certains portraits d’Andres Serrano : jeunes hommes, cheveux en pagaille, l’oeil hagard, illuminé, incarnations improbables d’un Christ parmi les païens. Il n’est pas rare de voir l’art se lover dans les cavités vacantes du religieux, lui empruntant non pas ses aspirations, mais ses attributs et ses modes de communication. Qu’importe, dirait-on, le retrait du divin des sphères publiques, la course diversifiée du spirituel paraît, encore aujourd’hui, trouver un point de chute dans l’art1. Ne parlons pas d’un retour du spirituel dans l’art. Pointons plutôt la courbe de sa migration. Après tout, il ne s’est jamais tout à fait estompé. Il suffit de relever ses occurrences dans une histoire de l’art encore récente. L’expérience du mystère, du sacré, de l’infini s’est notamment révélée dans les ambitions mystiques d’une « pâte étalée sur la toile2 », à l’issue d’une série de dialogues, de tensions, entre représentation et expression, matérialité et immatérialité. Manifestement, l’art moderne, tout particulièrement la peinture abstraite, a fait beaucoup de chemin dans ce sens, s’appliquant à créer plus qu’une image, une présence « ouverte », « nue », « vaste », « concrète ». James Turrell en serait par exemple une sorte d’héritier. On peut aussi garder à l’esprit l’impact sans cesse renouvelé qu’ont eu les spiritualités orientales sur les avant-gardes artistiques et sur le mouvement Beat des années 1950 et 1960, invitant à découvrir d’autres niveaux de conscience, à se transformer soi-même en vue de transformer le monde. De toute évidence, il en va de même aujourd’hui : l’art n’a pas suspendu ses questionnements sur les fondements de l’être, pas plus qu’il n’a renoncé, comme l’affirmait Barnett Newman, à « percer les secrets métaphysiques3 ». Ce dossier d’ETC – qui décoche évidemment un clin d’oeil anachronique à Vassily Kandinsky – invite à réfléchir aux énonciations du spirituel dans l’art actuel et aux moyens dont nous disposons pour rendre compte de son ambivalence théorique. En effet, à l’heure même où l’on se prétend dans une ère postidéologique, comment les artistes manoeuvrent-ils pour préserver une distance critique dès lors qu’ils adoptent une posture voire une quête « spirituelle » ? En bref, que pouvons-nous dire des pratiques artistiques arborant une éthique et une esthétique spirituelles et qu’en est-il de leur médiation, de leur interprétation et de leur réception ? Par moments, cette présentation se trouvera emboutie par une lecture parallèle, exogène : Jean Genet et son Captif amoureux4. Aucunement spécialiste de cet auteur, et cet auteur, allusivement versé dans le thème qui nous occupe, je demeure pourtant absorbée dans les motifs qui sont les siens pour réfléchir ici au spirituel dans l’art. Ceux-ci – l’origine vacante de l’image, la fabrication du héros, le simulacre – se font insistants. Déplacés, ils se coulent librement entre les réflexions, les hypothèses, pour mieux les enfiler et les relancer, formulant plus précisément que je ne l’aurais fait des sentiments contradictoires quant aux jeux du visible et de l’invisible, et à ce qui fonde ou sape les considérations spirituelles.

Auteur : Caroline Loncol Daigneault
Titre : Croire et accroires. Entêtement et transfigurations du spirituel dans l’art actuel
Revue : ETC, Numéro 96, juin-octobre 2012, p. 6-16
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67030ac

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