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ETC

Numéro 96, juin-octobre 2012, p. 35-39

Du spirituel dans l’art

Direction : Isabelle Lelarge (directrice) et Céline Pereira (directrice adjointe)

Rédaction : Isabelle Lelarge (rédactrice en chef)

Éditeur : Revue d'art contemporain ETC

ISSN : 0835-7641 (imprimé)  1923-3205 (numérique)

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Article

Le nouvel esprit du capitalisme selon Melanie Gilligan

Érik Bordeleau

N.D.L.R. Les oeuvres de Melanie Gilligan peuvent être visionnées en ligne : popularunrest.org, crisisinthecreditsystem.org.uk/, et Youtube pour Self-Capital.

Résumé | Extrait

Le nouvel esprit du capitalisme selon Melanie Gilligan Melanie Gilligan, Popular Unrest, 2010. Avec l’aimable autorisation de Justina M. Barnicke Gallery. Photo : Toni Hafkenscheld. « Chaque matin je me demande : qu’est-ce que le système veut de moi aujourd’hui ? » Crisis in the Credit System Le travail de Melanie Gilligan, une artiste originaire de Toronto, née en 1979 et vivant à Londres depuis déjà quelques années, se présente comme une exploration politique multiforme et détaillée des dimensions subjectives de l’économie capitaliste1. Son oeuvre semble vouloir prendre au pied de la lettre ce que Luc Boltanski et Ève Chiapello ont appelé, dans une formule qui a fait image, « le nouvel esprit du capitalisme2 ». Par le moyen d’épisodes filmiques qui se démarquent par un art consommé du storytelling télévisuel, Gilligan explore les différents modes par lesquels le capitalisme actuel – qu’on le dise « civilisationnel », « global », « cognitif », « sémiotique » ou « thérapeutique » – fait prise sur la vie biologique, spirituelle et affective de nos contemporains. Les trois oeuvres de Gilligan dont je vais discuter ici décrivent trois niveaux de capture nettement définis : Crisis in the Credit System (2008), sorti à point nommé à peine quelques semaines après la faillite de Lehman Brothers et le début de la crise financière, s’interroge sur les processus spéculatifs de valorisation financière par le biais d’un groupe de professionnels de la finance réunis pour un atelier de brainstorming créatif aux allures de thérapie. Self-Capital (2009) poursuit sur une veine plus intimiste, mettant en scène une femme en consultation qui, à la suite d’une induction hypnotique l’invitant à laisser parler son corps, voit le capital s’exprimer à travers elle en toute littéralité. Finalement, dans Popular Unrest (2010), Gilligan nous plonge dans un monde dystopique dominé par « l’Esprit », un système conçu pour « intégrer la vie d’autant de manières que possible », et où des individus meurent sans raison apparente alors que d’autres sont mystérieusement appelés à expérimenter leur être-en-commun. J’aborderai ces trois oeuvres de manière assez libre, en prenant comme point focal le travail sur soi, d’ordre éthique et thérapeutique, qui se constitue comme une composante essentielle du processus de valorisation capitaliste actuel. 1. Le capital fiction : imaginer La capacité individuelle à se valoriser est le nerf et l’esprit du capitalisme globalisé. Comme le souligne Isabelle Stengers, « le travail, désormais, est d’abord adhésion, disponibilité, flexibilité et capacité à se valoriser3. » À cet égard, la situation de l’artiste est pour le moins problématique. Certains continuent, encore aujourd’hui, à associer la vie d’artiste à l’oisiveté, au loisir et au désoeuvrement, et ainsi à entretenir l’idée que l’art est une activité plus ou moins désintéressée qui subsiste en marge de la logique marchande et, de cette position de relative extériorité, se trouve en mesure d’offrir un « supplément d’âme ». Ce n’est sans doute pas entièrement faux; mais ce faisant, on risque de perdre de vue que les pratiques artistiques d’avant-garde ont joué un rôle déterminant dans l’élaboration et la production de modes de subjectivation déterminants pour le capitalisme d’aujourd’hui. Ce n’est évidemment pas un hasard, pour ne nommer que deux exemples parmi tant d’autres, qu’au coeur de l’ouvrage de Boltanski et Chiapello, on trouve l’idée que le nouvel esprit du capitalisme a su intégrer, au sortir de Mai 68, la « critique artiste »; ou que les élucubrations de Richard Florida autour de la « classe créative » et son « indice bohémien » soient si prisées dans certains milieux d’affaires et au-delà. Dans une série d’essais parus dans la revue e-flux et réunis récemment dans un ouvrage intitulé Going Public (2010), Boris Groys examine comment l’artiste contemporain est engagé dans un processus d’autoproduction de soi, lequel le fait apparaître comme pure subjectivité ou incarnation d’un vide (Agamben parle en ce sens de l’artiste comme d’un « homme sans contenu »).

Auteur : Érik Bordeleau
Titre : Le nouvel esprit du capitalisme selon Melanie Gilligan
Revue : ETC, Numéro 96, juin-octobre 2012, p. 35-39
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67035ac

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