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ETC

Numéro 96, juin-octobre 2012, p. 56-59

Du spirituel dans l’art

Direction : Isabelle Lelarge (directrice) et Céline Pereira (directrice adjointe)

Rédaction : Isabelle Lelarge (rédactrice en chef)

Éditeur : Revue d'art contemporain ETC

ISSN : 0835-7641 (imprimé)  1923-3205 (numérique)

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Compte rendu

De l’amnésie au ludismeFrançoise Belu, Double jeu, Maison de la culture Maisonneuve, salle Zone Molinari, Montréal. 8 septembre – 16 octobre 2011

Christiane Baillargeon

Résumé | Extrait

Françoise Belu, Double jeu, Maison de la culture Maisonneuve, salle Zone Molinari, Montréal. 8 septembre – 16 octobre 2011 Double jeu est le titre de la plus récente exposition de Françoise Belu, présentée à la Maison de la culture Maisonneuve. Trois séries distinctes et un dispositif scénographique occupent la salle, offrant au visiteur une variété de portraits métaphoriques et littéraires de membres du réseau social de l’artiste. Les concepts des trois séries de cette mise en espace trouvent leur origine dans une réminiscence, par laquelle l’artiste a pris conscience d’une blessure occultée depuis son enfance : « À l’âge de 5 ans, je voulais être danseuse […] mes parents […] ont opposé un veto définitif à mes demandes réitérées. Je n’ai eu droit à aucun cours de danse1. » Surprise par l’ampleur du flot émotif l’ayant envahie après que la situation ait ressurgi à sa conscience, elle a cherché un effet cathartique en exploitant ce thème de la blessure de l’enfant intérieur et en utilisant un de ses modes d’expressions privilégiés : le langage plastique. Réalisant la profondeur du traumatisme que la situation lui avait infligé et constatant que les séquelles la rendaient incapable d’exploiter l’autoportrait à partir des photos qu’elle possédait d’elle petite fille, elle choisit d’opérer un transfert en explorant les portraits de personnes de sa connaissance à partir d’images d’elles enfants. Cette décision donne lieu à une première série de vingt boîtes noires, vingt collages juxtaposant le découpage d’une photo d’enfant et un assemblage expressif, voire brut de matériaux mixtes. Le rendu, une citation formelle et technique des boîtes de Cornell auxquelles une dominante sombre apporte un aspect vintage, convient indéniablement à la quête des secrets enfouis dans l’inconscient que l’artiste poursuit par l’entremise de ses modèles. Les tons clairs accentuent principalement les personnages; ils tracent aussi des parcours, fragiles et éclatés, entre les lignes dessinées, les objets-stigmates intégrés, les déchirures et les rehauts des papiers. La facture de ces introspections par transfert représente avec intensité la fugacité du temps, mise en évidence par l’éphémère et l’innocente fragilité de l’enfance. Peinte avec beaucoup de liberté, avec une ardeur formelle et chromatique expressionniste, la série des organisations picturales offre une interprétation richement colorée de portraits de certains des modèles représentés dans la série précédente. Ces éléments sont intégrés au décor aménagé à l’entrée de la salle, visant à créer un environnement familier, celui d’un coin lecture où quelques chaises, une table et un rideau suffisent à inciter le visiteur à faire une pause, à s’installer, à s’arrêter. L’accrochage domestique des portraits complète le contexte décontracté, nécessaire pour que les visiteurs acceptent d’agir en lecteurs, en prenant le temps de connaître ou d’en apprendre davantage sur les personnes représentées. Idéalement, ce vivoir pourrait être le lieu où, interpellé par les narrations mnémoniques d’un autre, un certain silence, depuis longtemps imposé et ignoré d’un visiteur, s’infiltre dans sa conscience et parvient à se rompre. En plus d’identifier l’exposition, Double jeu est l’intitulé d’une oeuvre récente de Belu. La série, une sorte d’hybridation des domaines visuels et littéraires, explore le portrait, dans une structure ludique dans laquelle les participants composent leur autoportrait. Les règles sont simples : le joueur accepte de fournir une photo de lui lorsqu’il était enfant, qui sera incluse sans modification. Il accepte aussi de participer à une rencontre pendant laquelle il relatera un événement de son enfance; à cette occasion, l’image sera recréée, actualisée. Les résultats de trente-cinq rencontres sont montrés dans une organisation modulaire invitant le visiteur à ponctuer son parcours de pauses : le temps de s’impliquer dans la lecture des récits ou dans la réception des composantes d’un portrait. L’énumération forme une ligne horizontale prolongée sur deux murs de la salle, imposant un déplacement latéral au regardeur intéressé à suivre le fil narratif, chapitre par chapitre, d’une station à l’autre, d’une personne à une autre.

Auteur : Christiane Baillargeon
Titre : De l’amnésie au ludisme
Ouvrage recensé : Françoise Belu, Double jeu, Maison de la culture Maisonneuve, salle Zone Molinari, Montréal. 8 septembre – 16 octobre 2011
Revue : ETC, Numéro 96, juin-octobre 2012, p. 56-59
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67041ac

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