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ETC

Numéro 96, juin-octobre 2012, p. 66-70

Du spirituel dans l’art

Direction : Isabelle Lelarge (directrice) et Céline Pereira (directrice adjointe)

Rédaction : Isabelle Lelarge (rédactrice en chef)

Éditeur : Revue d'art contemporain ETC inc.

ISSN : 0835-7641 (imprimé)  1923-3205 (numérique)

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Compte rendu

De la foi en artMarc Séguin, La foi du collectionneur, Musée d’art contemporain des Laurentides, Saint-Jérôme. 24 janvier – 12 février 2012

Manon Regimbald

Résumé | Extrait

De la foi en art Marc Séguin, La foi du collectionneur, Musée d’art contemporain des Laurentides, Saint-Jérôme. 24 janvier – 12 février 2012 « Et si rien n’était relié ? J’apprivoise la mort par la chasse. Je nargue ma propre finalité. Mais il est si tôt1. » Marc Séguin Si l’imposante exposition de Marc Séguin au Musée d’art contemporain des Laurentides résulte de la foi des collectionneurs, de leur croyance commune en son oeuvre, me faut-il rappeler que l’artiste, à titre de romancier, a lui-même questionné la foi du braconnier2 ? « J’imagine souvent être à la place de ces animaux que j’abats. Que saurais-je3 ? », se demande le narrateur. Certes, la mort est la fin de la vie. Or l’art commence souvent en allant à rebours de la vie. Marc Séguin y va, mettant en joue la mort dans ses tableaux, ses estampes, ses dessins, bravant le temps. Parmi des dépouilles funestes, le chasseur poursuit sa voie, sur fond de fumée et de sang d’agneau, au milieu de cendres et de destruction, il traque sa proie dans l’histoire actuelle et ancienne, fouillant et remuant les entrailles des profondeurs de la nuit, des abîmes de la forêt, des misères et des malheurs de la Cité. Demon. Boy’s Dream (Birkenau). Sarajevo. Forêt No 6. Roadkill. Crâne. Souffle-Cri. Paysage près de Pusan Corée du Sud… L’art et la pensée se compénètrent dans un lieu incertain, peut-être même aux enfers, sans fil d’Ariane pour nous reconduire à la lumière. Nous sommes dans des bois sacrés où le chasseur d’idées débusque désastres et catastrophes trop humaines. Dans la mire du tableau, le peintre envisage la mort qui surgit avant de faire feu et alors le tableau tombe sous le joug de l’absence, le règne des cendres et le poids des disparus. On sent bien la démesure du souffle, de l’effroi devant tant de fractures et de violence intérieures et millénaires. Le tableau, ce secret dernier des choses, n’est plus lui-même qu’une nature morte, littéralement, alors que l’empire allégorique s’empare de la surface moins colorée qu’endeuillée et grouille sur la chair du monde avariée. Qu’importe les diverses séries rassemblées pour l’exposition, quels que soient les genres empruntés - portraits, autoportraits, paysages ou nature morte – , toutes les scènes sont encadrées, confinées, limitées, contraintes, rabattues comme on rabat une couleur de noir, par cette finalité fatale, la mort, brute et brutale, qui n’a de chance d’occuper tout le territoire qu’en faisant fond sur l’ensemble de la démarche de Séguin en dépit des taches provocantes de couleurs qui trouent parfois l’espace pictural. L’oeuvre de la mort n’est pas infailliblement noir sur noir, gris sur gris; elle peut surgir aussi dans un coup d’éclat rouge, sous un lambeau de peau. Il nous faut apprendre à reconnaître la couleur du sang d’agneau. Ruine No 4. Tout ça appartient irrémédiablement à une même famille d’esprit empreinte de réminiscences innommables de tragédies plus immémoriales. La chasse est une pratique venue du fond des âges. Ça dialogue et ça s’entrechoque entre Éros et Thanatos, entre le totémique et le profane. Sang, Sexe et Sacré. Mezzotinte ou manière noire, huile et goudron, cendres et fusain matérialisent cet oeuvre au noir traversé de cris et de crânes, d’anges déchus et de ruines maudites. Ni paisible ni douce, la mort n’est ici que terreur et épouvante, vacarme et sinistre. Dans le sillage des Goya et, plus près de nous, de Beuys voire de Kiefer, tout l’oeuvre de Marc Séguin qui arpente des propositions anciennes et modernes fait face au poids de la mort implacable. Dans son roman, le peintre prend la peine de nous rappeler les mots de Maeterlinck : c’est « la mort, elle seule qu’il faut consulter sur la vie4 ».

Auteur : Manon Regimbald
Titre : De la foi en art
Ouvrage recensé : Marc Séguin, La foi du collectionneur, Musée d’art contemporain des Laurentides, Saint-Jérôme. 24 janvier – 12 février 2012
Revue : ETC, Numéro 96, juin-octobre 2012, p. 66-70
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67044ac

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