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ETC

Numéro 94, octobre-novembre-décembre 2011, janvier 2012, p. 6-11

Nudité

Direction : Isabelle Lelarge (directrice) et Céline Pereira (directrice adjointe)

Rédaction : Isabelle Lelarge (rédactrice en chef)

Éditeur : Revue d'art contemporain ETC

ISSN : 0835-7641 (imprimé)  1923-3205 (numérique)

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Article

Nudités néobaroques

Édith-Anne Pageot

Résumé | Extrait

Le mot « nudité » incarne deux attitudes philosophiques, deux quêtes : la recherche d’une certaine authenticité, d’une mise à nu, d’une essence, d’un corps utopique, délocalisé, affranchi de ses scories et transfiguré, voire nié, et celle d’un corps dans sa chair, le corps « topique » dirait Foucault, traversé par l’obsession de la mort, du sang, de l’urine, du sperme, d’une sexualité morbide. Le dénuement et le dépouillement, parents de la nudité, évoquent également ces deux postures, soit le détachement, la sobriété, le vide, débarrassé d’artifices, mais aussi l’écorchement, le fait d’arracher la peau. En médecine, la nudité est « une anomalie congénitale due à une mutation récessive » où le système pileux est complètement absent sur toute la surface du corps. Cette version obscène de la nudité, cet intérêt pour l’abject et l’innommable se retrouve depuis quelque temps déjà chez nombre d’artistes contemporains inspirés, à tort ou à raison, des thèmes explorés par Georges Bataille et de ses commentaires sur le fond « tonitruant et torrentiel » de l’être ainsi que sur le lien qu’il établit entre la mort et l’érotisme. Que l’on pense seulement à l’exposition L’informe, mode d’emploi (1996) conçue par Rosalind Krauss et Yve-Alain Bois, qui revisitait la notion d’informe chez Bataille, au très controversé Hermann Nitsch et à ses expérimentations Orgien-Mysterien Theater (théâtre des orgies et des mystères) ou à Chen Chieh-Jen qui a développé un thème cher à Bataille dans sa vidéo Lingchi – Echoes of Historical Photography (2002), (une reconstitution d’un supplice chinois à partir d’une photographie d’époque, prise en 1905 par Georges Dumas), pour ne donner que ces quelques exemples. En fait, de Saint-Barthélemy écorché aux extases de Sainte-Catherine, ces deux dimensions de la nudité ont toujours existé parallèlement dans l’art occidental. Devant les avancées récentes de la biotechnologie, ce qui caractérise davantage l’art contemporain est sans doute le fait que les...

Auteur : Édith-Anne Pageot
Titre : Nudités néobaroques
Revue : ETC, Numéro 94, octobre-novembre-décembre 2011, janvier 2012, p. 6-11
URI : http://id.erudit.org/iderudit/65172ac

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