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Jeu : revue de théâtre

Numéro 143 (2), 2012, p. 9-11

Planète marionnette

Sous la direction de Raymond Bertin

Direction : Christian Saint-Pierre (directeur)

Rédaction : Christian Saint-Pierre (rédacteur en chef)

Éditeur : Cahiers de théâtre Jeu inc.

ISSN : 0382-0335 (imprimé)  1923-2578 (numérique)

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Un patrimoine à conserver

Raymond Bertin

Résumé | Extrait

éditorial Raymond Bertin Triste histoire. En décembre 2010, le marionnettiste québécois Germain Boisvert meurt à 70 ans, seul et isolé, sans avoir décidé au préalable du sort de son matériel professionnel, dont sa collection de quelque 200 marionnettes, jetées pêle-mêle dans des malles, aux ordures, sur le trottoir. De ce lot, plusieurs ont été fabriquées par lui, d’autres ramenées de ses voyages à l’étranger, d’autres lui ont été offertes par des amis marionnettistes. Un voisin, qui le connaissait, remarque ces valises et leur contenu, en informe un ami associé au Cochon SouRiant, compagnie de théâtre ambulant établie en Estrie, qui, avec la compagnie Mobile Home, va se faire le dépositaire temporaire d’une soixantaine de marionnettes récupérées in extremis. Cette histoire choquante que me raconte Madeleine Philibert, coordonnatrice de l’Association québécoise des marionnettistes (AQM), a récemment déclenché une réflexion dans le milieu. Lors du Colloque sur les arts de la marionnette organisé par l’AQM en décembre 2011, Michel Fréchette, professeur retraité de l’UQAM et directeur artistique du Théâtre de l’Avant-Pays, a évoqué la problématique de la sauvegarde du patrimoine marionnettique, en posant notamment les questions suivantes : qu’est-ce qu’on conserve ? comment ? sur quel support ? et avec quel argent ? « Avec plusieurs compagnies qui ont maintenant 20, 30 ans de pratique, les pionniers qui prennent de l’âge, une compagnie, le Théâtre de Sable, qui ferme ses portes, la question de la sauvegarde va se poser avec de plus en plus d’acuité », lance la coordonnatrice. Des pans d’histoire qui disparaissent « En fait, le drame de la conservation, au Québec, a commencé autour de 1789 », m’apprend Michel Fréchette, dans les locaux de sa compagnie où sont conservés des artefacts de plus de 35 ans de création. Lui qui, sans être historien, en connaît un bout sur l’histoire du théâtre de marionnettes chez nous, me répète en substance ce qu’il écrivait dans le dossier « Marionnettes » de Jeu 511 : « À Québec, pendant 100 ans, a existé un théâtre de marionnettes, le théâtre du Père Marseille, et quand ont eu lieu les troubles de la rébellion des patriotes, en 1837-1838, les soldats anglais ont pillé le théâtre et brûlé les marionnettes, parce qu’elles étaient revendicatrices. Ce fut le premier choc en ce qui concerne la conservation ; imaginons que nous ayons pu conserver ces marionnettes qui dataient de 1600 à 1789, nous aurions pu nous appuyer sur une tradition beaucoup plus forte. » L’ex-professeur signale que plusieurs institutions ont des collections qu’elles conservent soigneusement : le Musée de la civilisation et l’Illusion, par exemple, possèdent d’anciennes marionnettes à planchettes, le Musée de Québec a récupéré des marionnettes sculptées par Charles Daudelin, l’Université McGill tient la plus grande collection de livres anciens sur cette forme d’art, ainsi que quelques figurines, surtout européennes, le Musée McCord détient des créations de la marionnettiste Maleen Burke, venue d’Allemagne, après avoir vécu en Angleterre, et qui a oeuvré chez nous dans les années 60-70. Or, en voyant les photos des pantins rescapés de Germain Boisvert, en 2010, Michel Fréchette s’est rendu compte qu’il y avait dans le lot des marionnettes sculptées en bois – « Quelque chose qu’on ne fait plus ! » – par Maleen Burke, qui en avait fait don à Boisvert, avec qui elle avait travaillé, dans l’espoir qu’il poursuivrait son oeuvre. Les archives papier des compagnies et des marionnettistes sont également en jeu. « Germain avait aussi d’importantes archives papier des années 60-70, dont celles de Maleen Burke, parties aux poubelles, et ça, c’est dramatique », poursuit Fréchette. Guy Beauregard, un autre marionnettiste décédé il y a quelques années, a légué ses archives papier au Centre de recherches théâtrales (CERT) de l’UQAM, ainsi que de superbes marionnettes anciennes tchécoslovaques et allemandes, « que le CERT a acceptées, dit-il, bien que ça ne fasse pas partie de son mandat de conserver des objets en trois dimensions ».

Auteur : Raymond Bertin
Titre : Un patrimoine à conserver
Revue : Jeu : revue de théâtre, Numéro 143 (2), 2012, p. 9-11
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66819ac

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