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Jeu : revue de théâtre

Numéro 143 (2), 2012, p. 15-17

Planète marionnette

Sous la direction de Raymond Bertin

Direction : Christian Saint-Pierre (directeur)

Rédaction : Christian Saint-Pierre (rédacteur en chef)

Éditeur : Cahiers de théâtre Jeu inc.

ISSN : 0382-0335 (imprimé)  1923-2578 (numérique)

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Compte rendu

La mort au quotidienL’Affiche

Raymond Bertin

Résumé | Extrait

regards critiques Raymond Bertin …rien ne peut préparer à ce qu’implique l’occupation. On ne peut pas la lire, on ne peut pas la regarder au cinéma, on ne peut pas l’imaginer. Et la colère, le désespoir ont monté en moi, malgré moi, la violence quotidienne a fait bouillir mon sang et j’ai vu rouge. Mes mots sont devenus durs, mon regard explosif. À l’ombre des monstres et de l’oppression, à l’ombre du mur, le monde est laid. Je ne veux pas peser mes mots. La fin du monde existe tous les jours1. Un véritable choc, qui a bouleversé sa vie, attendait l’homme de théâtre Philippe Ducros lorsqu’il débarqua en Palestine, dans les territoires occupés, au milieu des années 2000. Trois séjours là-bas plus tard, sa pièce l’Affiche (d’abord créée en France par le Panta Théâtre en mars 2009 – après une première version, en arabe, présentée à Damas (Syrie) en 2006 –, puis à Montréal, par sa compagnie Hôtel-Motel, à l’Espace Libre, fin 2009, lauréate du Prix de la critique) allait rendre compte de façon saisissante de l’horreur vécue au quotidien par les Palestiniens, tout en montrant l’impact de cette situation intenable sur les occupants israéliens. L’un des mérites évidents de cette oeuvre forte, dérangeante, nécessaire, c’est bien d’avoir donné des visages, des noms, des vies et des morts « réels » aux protagonistes d’une guerre que nos médias et nos lâches gouvernements continuent de nommer hypocritement « le conflit israélo-palestinien », comme s’il s’agissait d’un état de fait permanent, voire normal, appelé à se perpétuer indéfiniment. Il fallait assurément une bonne dose de courage à l’auteur et metteur en scène pour oser ainsi remettre en question, démontrer en le démontant le mensonge du discours dominant qui veut que les antagonistes, dans cette guerre, soient placés sur un pied d’égalité. Bien qu’il déclare ne pas vouloir peser ses mots, l’auteur avertit, en ouverture de sa pièce éditée chez Lansman : « Le texte doit être joué tel quel, dans son intégralité. Des coupures et des modifications ne peuvent être effectuées, compte tenu des enjeux et des passions qu’ils peuvent engendrer, qu’avec l’accord écrit de l’auteur2 » ; ce à quoi on ne peut qu’agréer au regard de la dynamite verbale qu’il manipule dans cette oeuvre. Dynamite verbale Convoqué à l’avance, le public, en entrant dans la salle de l’Espace Libre, était invité à déambuler dans l’aire de jeu pour s’imprégner des photos prises par Philippe Ducros en 2005, 2006 et 2009, regroupées dans une exposition intitulée les Lanceurs de pierres. Images frappantes rehaussées de courts textes explicatifs sur quelques aspects particulièrement révoltants de la vie sous l’occupation, dont l’accumulation rendait l’expérience de plus en plus pesante, tant notre impuissance est grande devant l’ampleur du désastre. N’empêche que cette parfaite entrée en matière préparait bien le terrain et, au sortir du nuancé mais néanmoins tonitruant cri du coeur que constitue l’Affiche, on pouvait se sentir un tant soit peu « soulagé » par cette brillante prise de parole si bien incarnée. L’affiche du titre fait référence à ces photos de « martyrs », souvent des enfants ou de jeunes hommes tués dans diverses circonstances par les soldats israéliens, que les Palestiniens impriment et dont ils placardent les murs de leurs cités pour les donner en exemple, en modèles de la résistance à l’occupant – l’auteur précise en didascalie : « Les murs [du pays] sont complètement recouverts d’affiches… » (p. 9) La pièce s’attarde précisément au sort de la famille de l’un de ces jeunes « héros », Salem, fauché au seuil de l’adolescence, lui qui avait lancé ses premières pierres à 6 ans ; il a été abattu et est mort au bout de son sang dans les bras de son meurtrier, le soldat Itzhak, qui, à présent, se sent hanté par cette mort d’un enfant, un de plus, un de trop, et qui va tenter auprès de son rabbin, de sa femme et d’un médecin de trouver une porte de sortie, une rédemption pour les crimes de son peuple.

Auteur : Raymond Bertin
Titre : La mort au quotidien
Ouvrage recensé : L’Affiche
Revue : Jeu : revue de théâtre, Numéro 143 (2), 2012, p. 15-17
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66821ac

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