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Jeu : revue de théâtre

Numéro 143 (2), 2012, p. 144-147

Planète marionnette

Sous la direction de Raymond Bertin

Direction : Christian Saint-Pierre (directeur)

Rédaction : Christian Saint-Pierre (rédacteur en chef)

Éditeur : Cahiers de théâtre Jeu inc.

ISSN : 0382-0335 (imprimé)  1923-2578 (numérique)

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Article

Danse contemporaine dans un bar de danseuses nuesÀ propos de Danse à 10

La 2e Porte à Gauche

Résumé | Extrait

danse La 2e Porte à Gauche À l’heure où la nudité du corps dans les spectacles de danse contemporaine a été intronisée au temple des grands clichés de l’art, où la surprovocation artistique blase et même rebute, nous, codirecteurs de la 2e Porte à Gauche1, avons eu le fantasme d’investir un lieu réputé pour accueillir la nudité : un bar de danseuses. Notre but était d’interroger les rapports au corps et au spectateur inhérents à cet espace et de les confronter à ceux de la danse contemporaine. D’une part, la fameuse « danse contact » qui offre au client la possibilité d’une expérience individuelle nous permettait de jouer la carte de l’esthétique relationnelle à travers la représentation privée d’une chorégraphie en « cabine ». D’autre part, le fonctionnement même du bar de danseuses nous amenait à nous interroger sur la marchandisation du corps. En avançant sur ce terrain, d’autres questions ont surgi : le lieu cautionne-t-il la valeur de l’art, et les artifices du théâtre permettent-ils d’en préserver la « morale » ? Les artistes perdraient-ils leur crédibilité en se compromettant dans un espace réservé aux effeuilleuses ? Enfin, devraient-ils dénoncer ce lieu plutôt que d’y jouer ? Le bar de danseuses s’est ainsi présenté comme un terrain propice où développer notre réflexion et évaluer nos a priori. « Magasiner » sa danse Danse à 102 avait ainsi pour objectif d’exposer différents points de vue sur l’épineuse question de la commercialisation du corps, en lien avec la légendaire « danse à 10 »3. Il ne s’agissait pas tant de jouer sur la figure de l’effeuillage que d’émettre un point de vue esthétique sur la marchandisation du corps, en danse, en art comme en société. Pour ce faire, nous avons choisi huit chorégraphes très différents afin d’offrir des réponses diverses, en fonction du positionnement respectif de chaque créateur vis-à-vis du corps : Manon Oligny pour son obsession envers la séduction féminine, Mélanie Demers pour son regard sombre sur la société de consommation, Benoît Lachambre pour ses « états de corps » d’où surgit un personnage polymorphe et androgyne, Stéphane Gladyszewski pour son univers onirique, Nicolas Cantin pour son côté décalé et Jérémie Niel pour ses mises en scène radicales et crues, en plus de l’humour parodique de Marie Béland et de l’esprit déconstructif de Frédérick Gravel. Le but ne consistait donc pas à uniformiser, mais à combiner ces différentes esthétiques au sein d’une même soirée. Par ailleurs, nous souhaitions nous risquer, risquer la danse, et le spectateur avec, dans ce lieu socialement connoté et politiquement incorrect. Nous voulions donc éviter de le dénaturer, de l’esthétiser ou de l’aseptiser, ou encore de le prendre comme un simple décor, non seulement en respectant ses éléments fondamentaux (cabaret dansé sur fond de film porno soft, présentation de chaque danseur par le DJ) et son mode de fonctionnement (les isoloirs payants et les techniques d’aguichage), mais en conservant surtout son personnel habituel (danseuses, serveuses, portiers…). C’est pour cela, mais aussi pour accéder à une multiplicité de corps, que nous avons invité les créateurs à travailler avec des danseuses du bar, tandis que d’autres ont choisi des interprètes masculins ou féminins. Sur scène, chaque numéro sert ainsi à attiser la curiosité du public pour son pendant privé offert en cabine pour dix dollars. C’était au spectateur de « magasiner » parmi ces différentes « options esthétiques » en fonction de sa sensibilité et de son audace. L’intimité d’une rencontre L’idée-clé du spectacle s’incarnait dans l’expérience offerte en isoloir, où un regard sur le corps et l’art comme objet de consommation pouvait être posé de façon directe. Transposé dans le spectacle, le rituel entourant l’isoloir interroge le rapport de séduction qui s’installe entre le danseur et le spectateur, entre l’artiste et son public, où un Éros plus ou moins idéalisé joue un rôle prépondérant, tant dans le fait de se produire sur scène que dans l’acte de regarder.

Auteur : La 2e Porte à Gauche
Titre : Danse contemporaine dans un bar de danseuses nues : à propos de Danse à 10
Revue : Jeu : revue de théâtre, Numéro 143 (2), 2012, p. 144-147
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66845ac

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