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Jeu : revue de théâtre

Numéro 141 (4), 2011, p. 120-124

Le théâtre m’ennuie

Sous la direction de Marie-Andrée Brault

Direction : Christian Saint-Pierre (directeur)

Rédaction : Christian Saint-Pierre (rédacteur en chef)

Éditeur : Cahiers de théâtre Jeu inc.

ISSN : 0382-0335 (imprimé)  1923-2578 (numérique)

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Compte rendu

La guerre en imagesPhotog. An Imaginary Look at the Uncompromising Life of Thomas Smith

Yan Hamel

Résumé | Extrait

festivals 2011 Festival TransAmériques – théâtre Photog. An Imaginary Look at the Uncompromising Life of Thomas Smith Mise en scène Sherry J Yoon / Musique Pietro Amato / Son Carey Dodge / Vidéo Brae Norwiss Lumières Tara Cheyenne Friedenberg / Dramaturgie James Fagan Tait À l’écran Tom McBeath, Parnelli Parnes et Tom Pickett / Photographes de guerre Ashley Gilbertson, Tim Hetherington, Michael Kamber et Farah Nosh. Avec Jay Dodge. Production de Boca Del Lupo (Vancouver), présentée du 28 au 30 mai 2011 à la Cinquième Salle de la Place des Arts à l’occasion du Festival TransAmériques. Yan Hamel La guerre en images Le descriptif de Photog. An Imaginary Look at the Uncompromi��s�ing Life of Thomas Smith dans le programme du Festival TransAmériques 2011 annonçait un spectacle éprouvant. Aboutissement d’un projet de longue haleine réalisé en tandem par Sherry J Yoon à la mise en scène et Jay Dodge à l’interpré�tation, la pièce devait rendre compte sur un mode quasi documentaire de la vie d’un photographe de guerre. Thomas Smith serait un personnage à la fois fictif et réel, puisque ses attitudes, ses préoccupations et ses propos synthétisaient plus de six heures d’entrevues filmées que les deux créateurs avaient réalisées avec de véritables photographes de guerre. Ces derniers avaient non seulement accepté de raconter des expériences et de parler de traumatismes qui seraient quintes�senciés par la représentation théâtrale, mais ils avaient en outre généreusement prêté une partie de leurs archives personnelles qui, intégrées à la fiction dramatique, seraient montrées sur un écran géant. Avant même qu’il ait acquis ses billets et qu’il ne soit entré dans la Cinquième Salle, le spectateur avait été prévenu : il serait « tourmenté par d’atroces photo�graphies de guerre1 ». Le spectacle répondait ainsi à deux des demandes qui, aujour�d’hui, modèlent le plus fortement, non seulement le théâtre, mais aussi la culture – prise au sens anthropologique du terme. Le programme garantissait que le spectacle, tout fictionnel fût-il, collerait de près à la réalité vécue des authentiques photo�graphes de guerre : en plus de s’être basés sur des récits de vie pour créer le protagoniste de leur pièce, Sherry J Yoon et Jay Dodge avaient consulté des psychologues spécialisés dans les cas de stress posttraumatique dont souffrent les reporters qui se sont retrouvés, armés de leur seule caméra, au milieu de batailles meurtrières. Photog était une sorte de docufiction théâtral défendant cette conception largement répandue dans la littérature, à la télévision, au cinéma et ailleurs selon laquelle, pour être valable, une histoire doit être « vraie », c’est-à-dire de réduire au plus faible degré possible la part qui est faite au travail censé déréalisant de l’affabulation. La présence d’un écran géant qui occupait tout le fond de la scène et celle de deux ordinateurs portables sur lesquels travaillaient des techniciens côté jardin et côté cour plaçaient le spectacle dans le courant de ces nombreuses représentations théâtrales qui semblent ne plus pouvoir faire l’économie d’un recours aux images numé�risées2. La pièce se situait de la sorte au coeur de ce paradoxe contemporain voulant que les foules réclament du réel dans les lieux traditionnellement dévolus à la fiction au moment même où elles éprouvent une difficulté sans cesse croissante à appréhender la réalité de leur propre existence autrement que par la médiatisation apparemment captivante des divers écrans, objectifs, haut-parleurs et écouteurs dont ils parviennent de moins en moins à se séparer. Cette surabondance de technologies, qui peut agacer dans bien des spectacles théâtraux, était toutefois parfaitement justifiée dans le cas de Photog. Le photographe de guerre est en effet l’un des êtres les plus dramatiquement déchirés par la double contrainte du paradoxe : il est envoyé au risque de sa vie en de véritables zones de conflit afin de les voir au moyen d’appareils qui les captent, les encadrent et les mettent à distance sous forme d’images médiatiques donnant au public occidental l’impression de connaître, devant l’écran de son ordinateur portable, de sa télévision haute définition, de sa tablette tactile ou de son téléphone intelligent, l’atrocité de la violence guerrière.

Auteur : Yan Hamel
Titre : La guerre en images
Ouvrage recensé : Photog. An Imaginary Look at the Uncompromising Life of Thomas Smith
Revue : Jeu : revue de théâtre, Numéro 141 (4), 2011, p. 120-124
URI : http://id.erudit.org/iderudit/65632ac

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