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Liberté

Volume 53, numéro 4 (296), juin 2012, p. 47-51

Nous ?

Direction : Ivan Carel (directeur administratif)

Rédaction : Pierre Lefebvre (rédacteur en chef)

Éditeur : Collectif Liberté

ISSN : 0024-2020 (imprimé)  1923-0915 (numérique)

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Article

L’air de la famille

Pierre Lefebvre

Résumé | Extrait

nous ? pierre lefebvre L’air de la famille En 1941, pendant qu’il était prisonnier de guerre des Allemands, l’écrivain français Georges Hyvernaud a noté dans un de ses carnets quelque chose de troublant : « Les familles désunies, c’est vraiment triste. Mais il y a pire : les familles unies. » On peut se dire, bien évidemment, que c’est une boutade. Mais les circonstances dans lesquelles Hyvernaud se trouvait quand il a écrit ça peuvent aussi nous amener à penser qu’il le croyait vraiment. C’est quand même quelqu’un qui était privé de sa liberté parce qu’une idéologie totalitaire avait mangé un pays tout entier, puis qu’après ça, ce pays-là s’est essayé à dévorer le restant de l’Europe au grand complet. Passer le plus clair de son temps à s’engueuler ou même à s’envoyer chier est, comme on le conçoit bien, d’une grande tristesse. Mais parler d’une seule voix est beaucoup plus dramatique. Quand on en arrive là, c’est qu’on a touché le fond. Ça veut dire qu’on a réussi à réduire au silence tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une opposition. Notre sens de l’histoire a beau être un peu mou, on se doute bien qu’un pouvoir qui n’a aucune opposition est rarement une bonne nouvelle. Que sans opposition, on ne peut pas tout à fait parler de démocratie. Je dirais même que sans dissonance je ne suis pas certain qu’il y ait de l’humanité. Pour s’en convaincre, on a juste à se plonger dans les mythes grecs, ou même dans la Bible, ou si ces affaires-là vous font trop capoter, dans la littérature. Quand on lit Beckett, Balzac, Shakespeare, VLB, Miron ou Saramago, ou même quand on est juste assis tout seul à ne rien faire, dans sa cuisine ou dans le métro, on se rend bien compte qu’un individu parle rarement d’une seule voix. On se rend bien compte que nos désirs, nos envies, nos pulsions, nos remords et nos rages sont bien souvent contradictoires. Et qu’il n’est pas toujours facile de déterminer ce qui, en nous, pourra nous donner un peu de grâce, nous apporter un...

Auteur : Pierre Lefebvre
Titre : L’air de la famille
Revue : Liberté, Volume 53, numéro 4 (296), juin 2012, p. 47-51
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66858ac

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