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Moebius : écritures / littérature

Numéro 132, février 2012, p. 47-52

Passer l’hiver

Sous la direction de Lysanne Langevin

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Article

Neiges plus sept

Marcel Labine

Résumé | Extrait

Marcel Labine Neiges plus sept Les névés Vus des cimes savoyardes, au coeur même du solstice, ils ne sont que de blafardes et laiteuses traînées, indistincts et lointains fracas d’avalanches dont l’origine précède toute mémoire humaine. Figures de l’éternité pétries dans leurs concrétions compactes, inaltérables à travers le temps, ils sont le froid fait bloc, l’absence même de toute saison. Ce sont des heures gelées, des siècles pétrifiés, des stèles érigées et grondantes, dévalant dans l’obscurité des matins qui tardent. Niant toute forme de domestication ou de rapprochement complice, au contraire de ces blocs vitreux dont l’assemblage ingénieux fait miroiter hôtels et châteaux, l’effroi qu’ils inspirent n’a d’égal que leur insaisissable nature : il n’y a là ni grain, ni flocon, ni poudre ; rien à palper, étreindre ou simplement toucher. Gelés, dégelés, regelés chaque nuit, ils trouvent dans la glace blanche leur ultime point d’orgue. Ce n’est, somme toute, que la pérennité de la matière alimentant à jamais la langue glaciaire aux creux des vallées. Les blizzards Ils n’ont de fondement connu que le Nord des Amériques, leur violence, leur poudroiement en feraient foi. Ils figent quiconque s’y aventure, hormis les hordes de boeufs musqués impassibles, solitaires et que l’on distingue à peine tant l’opacité qu’ils génèrent abolit le sentiment du proche et du lointain, du bas et du haut, du chaud et du froid. Leur célérité les place au-delà des vents, dans cet espace de langage où toute réalité se perd, dissoute au centre d’une gigantesque soufflerie, aveuglée par tant de force, hors de toute représentation si ce n’est l’expérience éprouvée d’un monde réduit à sa seule latéralité, à une infinie poussée de face ou de dos. Perdus quelque part dans ce déploiement tellurique, nous n’avons rien à offrir, aucune outre, aucun mot, aucune phrase qui compenserait l’insondable certitude que nous ne ferons jamais le poids devant une telle incarnation de l’hiver. Et alors,...

Auteur : Marcel Labine
Titre : Neiges plus sept
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 132, février 2012, p. 47-52
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66013ac

Tous droits réservés © Éditions Triptyque, 2012

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