Érudit - Promouvoir et diffuser la recherche
FrançaisEnglishEspañol
 

Recherche détaillée

.

Moebius : écritures / littérature

Numéro 132, février 2012, p. 65-68

Passer l’hiver

Sous la direction de Lysanne Langevin

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
< PrécédentSuivant >

Abonnement requis!

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Toutes les archives des revues diffusées sur Érudit sont en accès libre (barrière mobile de 2 ou 3 ans). Pour plus d’information, consulter la page Abonnements et politique d’accès.

Connexion (abonné individuel)

Article

Sauvagerie

Louise Cotnoir

Résumé | Extrait

Louise Cotnoir Sauvagerie Passer l’hiver. L’expression inquiète : comme passer aux aveux ou encore à autre chose. Autant dire traverser un mauvais moment. Résignation, abattement ou enchevêtrement de l’âme sur l’air du fleuve où les bateaux perdent terre dans la bruine. Pourtant, la buée à la fenêtre ramène les nuits merveilleusement longues de l’enfance. Solstice de décembre : la noirceur enveloppe la beauté du verglas sur les tiges des graminées. Le froid réveille quelque désir de somnolence béate. Gagner la chambre refuge, céder au lyrisme des courtes-pointes, ces fresques bariolées de roses ou de papillons en dormance. Sereine nostalgie aux relents de philtre d’amours. La fillette roule un bonhomme de neige, goûte la froidure d’un glaçon. Les flocons gorgés d’humidité dansent avec le pompon rouge de sa tuque. Plus tard, avec encore un peu de magie blanche au fond de son oeil, elle efface, téméraire, les chimères sur le givre des carreaux. Un ourlet de chocolat autour de ses lèvres gourmandes. La rêverie s’infiltre, explore les murs, touche avec douceur les cloisons, les oblige à disparaître. Les arbres effeuillés agrandissent l’espace jusqu’au fleuve, jusqu’aux glaces flottantes. Une puissance atavique voile le Vieux Port de brume d’hiver. Plonger dans cette absence vague, me fondre à la vertigineuse intensité du silence. Me laisser avaler par un demi-sommeil propice aux nouvelles fables. Rafales de vent, brassées de neige. Étrange virevolte de fantômes, ronde furieuse. En janvier, le corps reprend ses habitudes de corps, rapetisse dans ses os. La neige crisse sous les semelles nervurées des bottes, le gel mord les lèvres, brûle les yeux. En traînées de bleu, les phrases dessinent des arabesques sur les feuilles volantes. Tromper la mort en sa géographie hiémale. Dans son cahier, la fillette gorge de jaune le soleil. Elle sourit en remplissant de rouge la corolle d’une tulipe, se raconte le voyage des coccinelles à l’intérieur des pommes de pin, s’égare...

Auteur : Louise Cotnoir
Titre : Sauvagerie
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 132, février 2012, p. 65-68
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66016ac

Tous droits réservés © Éditions Triptyque, 2012

À propos d'Érudit | Abonnements | RSS | Conditions d’utilisation | Pour nous joindre | Aide

Consortium Érudit ©  2014