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Moebius : écritures / littérature

Numéro 132, février 2012, p. 101-108

Passer l’hiver

Sous la direction de Lysanne Langevin

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Article

Voir du Dji-Fun teaser romanesque

Nicolas Chalifour

Résumé | Extrait

Nicolas Chalifour Voir du Dji-F un teaser romanesque Now is the winter of our discontent Made hideous summer by this son’s vain torque Shakespeare, s’il avait été là Ces jours-ci, le maître d’hôtel est très pâle. Dans ses mains tremblantes, ses clefs tintent en cherchant long-temps leurs serrures, alors que sa lèvre supérieure, elle, est ponctuellement remuée de petits spasmes nerveux. Déjà passablement affecté par la lourde séquence d’incidents regrettables survenus au cours des dernières semaines, le Serbe aux sourcils broussailleux s’est enfoncé, depuis la dernière catastrophe, dans un état d’agitation presque débilitant. C’est que le maître d’hôtel est un sujet très réceptif, un client qui répond très bien au traitement, une proie formidable pour l’estime personnelle du théra-peute. Il faut dire que la dernière catastrophe a été un happening spectaculaire – on peut même dire, en toute modestie, qu’on s’est surpassé, qu’on a presque donné dans le chef-d’oeuvre puisque la beauté dudit happening résidait essentiellement dans son étonnante simplicité. Less is more, qu’on disait quand on savait encore mettre les poutres sur les I. Il a suffi d’un petit erratum de rien du tout, de quelques phrases récitées innocemment, presque sans effort devant l’Association de la Haute-Yamaska pour la défense et l’illustration de la Charî’a. On a lancé l’affaire de manière conventionnelle, désolé messieurs d’avoir le triste devoir de vous aviser que, avec quelques précisions de circonstance, une malencontreuse erreur, probablement une consigne mal déchiffrée en cuisine, la lecture erronée d’un cuisinier dyslexique, ce sont malheureusement des choses qui arrivent puis d’enchaîner, éploré, nous regrettons sincèrement que du suif soit entré dans la composition de la sauce dont étaient recouvertes ces côtelettes d’agneau de Charlevoix que vous venez de déguster, avant de conclure, sympathique et convivial, pour se faire pardonner ce petit malentendu, la maison vous offre le digestif ou, bien sûr, si vous préférez, un thé à la menthe, dans le formidable vacarme de toutes sortes de vomissements sur le beau tapis de la salle à manger du Manoir. Du grand art sans même se fatiguer, vraiment, presque trop facile comme intervention. Fruit de mon labeur constant et rigoureux d’humble travailleur humanitaire qui sait mettre consciencieuse-ment la main à la pâte de son prochain sans compter ses heures, l’état du maître d’hôtel comporte toutefois aussi un inconvénient de taille. C’est que par d’étranges scrupules ou par souci de faire partager sa misère – il n’a pas néces-sairement que des défauts le vieux bouc de Pristina –, il n’accorde plus de jours de congé successifs. Puisqu’on ne peut tout de même pas renoncer au tourisme, qu’il est néfaste pour le missionnaire de s’enliser – il risquerait de céder à la facilité des proies déjà affaiblies, faciles et pres-que résignées, du genre maître d’hôtel spasmodique – et qu’il faut savoir semer le malheur à tous vents, rouler sa gosse, user ses pneus et soutenir le désenchantement de nos belles régions, on est bien contraint, la veille d’une journée de congé esseulée, un soir de petite semaine, d’encourager la fin précoce et abrupte du service : un généreux déversement d’huile de ricin dans le réchaud à potage – accompagné d’une petite pensée pour le concierge de nuit dont tous les sens seront convoqués lorsqu’il s’attaquera au nettoyage des toilettes. Une fois la salle à manger vidée et le noeud papillon dégrafé, on peut foncer sur la 20 en direction de Québec et se dire que voyager la nuit, c’est bien, en constatant que, comme chez les clients qui après avoir salopé les toilettes du Manoir sont probablement encore en train de se vider de leur substantifique moelle sur le bord d’une route de campagne ou ailleurs, la circulation est fluide.

Auteur : Nicolas Chalifour
Titre : Voir du Dji-F : un teaser romanesque
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 132, février 2012, p. 101-108
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66022ac

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