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Moebius : écritures / littérature

Numéro 132, février 2012, p. 151-153

Passer l’hiver

Sous la direction de Lysanne Langevin

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

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Catherine Cormier-Larose à Maxime-Olivier Moutier

Catherine Cormier-Larose

Résumé | Extrait

Maxime-Olivier, mon bel amour, tu ne te reconnaîtras pas dans cette lettre, je sais bien. Tu n’es pas un écrivain, tu ne cesses de le répéter. Je souris. Je ne te crois pas. Potence machine, j’aurais préféré ne jamais te croire. Je regrette de t’avoir cru à 17 ans, encore plus que tu n’aies pas eu raison, que tu sois guéri, que je te vois tous les jours, heureux, mais que je m’en veuille encore, comme perdue. Je te regarde, trahie par les pages trop tournées de Marie-Hélène au mois de mars, premier livre que tu as reconnu et que tu as sorti de ma bibliothèque. J’étais ouverte entre tes mains. T’avais beau avoir écrit ce livre, j’avais l’impres-sion qu’il m’appartenait. C’était facile de me laisser faire. Il ne faut pas rencontrer les écrivains, même ceux qui ne se considèrent pas comme tels. Maintenant que nous habitons ensemble, empilés, tes enfants par-dessus mes enfants, nos histoires embourbées, nos livres, ta moto inutilisée sur le lit, par-dessus les catalogues d’exposition rapportés de notre dernier périple à la Biennale de Venise, j’hésite. On s’astine encore sur les artistes du XXIe siècle qu’on trouve fétiches, comme depuis des années, depuis qu’on a commencé nos conversations dans le fond du Pharaon Lounge à Montréal jusqu’à cet été, dans ce café perdu au bord du canal de Venise : Matthew Barney, Marina Abramovic, Jenny Holzer, Douglas Gordon. Tu aimes avoir raison, mais je ne te laisserai pas faire. Je suis ton Alzheimer. À chacune de nos rencontres passées, tu cherchais à travers tes peuplades intérieures d’où je venais. Tu as fini par me croire, trésor. Que je t’appartenais. Qu’il fallait continuer de m’écrire. Maxime-Olivier, pour tout le temps passé ensemble, tu me dois bien ça. En faisant des enfants, tu as détruit toute la dureté que je t’attribuais et dont j’avais besoin afin de faire fonctionner ton évidence. Fuck les Lettres à Mademoiselle Brochu, on est bien au-delà de ça. J’ai une fille maintenant, nous fonctionnons, nous sommes égaux,...

Auteur : Catherine Cormier-Larose
Titre : Catherine Cormier-Larose à Maxime-Olivier Moutier
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 132, février 2012, p. 151-153
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66030ac

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