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Moebius : écritures / littérature

Numéro 134, septembre 2012, p. 39-48

Les arts martiaux

Sous la direction de Isabelle Gaudet-Labine

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Article

China-Man versus le Troglodyte du Réso

Luc Dagenais

Résumé | Extrait

Luc Dagenais China-Man versus le Troglodyte du Réso China-Man, China-Man Est un être bien singulier. En armure, il attend D’attraper les brigands. Attention, Car China-Man est là ! Il est fort, agressif. Il a du sang monosodique. Bubble-gun, bien en main, Il englue tous les vilains. Attention, Car China-Man est là ! Pleine page sur l’agora du complexe Desjardins, vue d’ensemble en plongée. Là où se trouve habituellement la fontaine, un décor hyperréaliste d’entrepôt portuaire glauque. Au centre, assis sur une caisse de « Farine de tapioca Cheng spécial importation grade A », China-Man, le superhéros du Chinatown de Montréal. Tout autour, des journalistes, des photographes et des fans, beaucoup de fans, jeunes et moins jeunes, asiatiques et moins asia-tiques. Certains font la file pour se faire photographier avec leur idole, d’autres achètent des souvenirs à son effigie, les enfants grimpent sur lui, sur ses épaules, sa tête, ses genoux. Tous sirotent un thé aux perles Cheng. Clic, clic ! Flash ! Slurp ! China-Man. Son armure rouge et blanche arborant un dragon doré (aux couleurs de la compagnie Bubulles thé Cheng de Montréal inc., propriété de son oncle adoptif Wen) scintille de mille feux sous les flashs. Sous l’oeil des caméras, il impose le respect, respire le calme et l’assurance. Dessous la carapace par contre, c’est tout le contraire. Gros plan sur le visage du héros : il est en sueur, son coeur palpite, ses yeux fous se promènent d’un bout à l’autre de l’écran-vision intérieur de son casque, qui affiche son jeu vidéo de rôle en ligne multijoueurs préféré. D’ordinaire, ce casque lui tient lieu de war room miniature : l’ordinateur qui y est intégré est relié à plusieurs réseaux informatiques ainsi qu’à une dizaine de sites ou applications Web et lui sert l’information agrégée au moyen d’une interface de réalité augmentée. Mais, pour passer le temps entre deux poses, China-Man joue une petite partie. Retour à l’extérieur, au personnage assis dignement sur sa caisse de bois, à l’endroit même où le père Noël se tenait il y a trois semaines. Ça fait bientôt trente minutes qu’il pose, changeant de position de temps en temps pour accommoder les photographes. Quel ennui ! Dire qu’il en a encore pour une heure. En plus, la musique lounge qui joue dans ses écouteurs soi-disant pour le calmer, l’énerve. La partie de jeu vidéo terminée, il prend la position du penseur de Rodin – et pense, produisant de jolis phylactères. « Décidément, jouer au superhéros n’est pas si palpitant que l’oncle Wen me l’a fait miroiter. Depuis que j’ai nettoyé le quartier chinois de ses gangs de criminels, je passe le plus clair de mon temps en relations publiques. » Flash-back et nouvelle case. La tête gigantesque de China-Man surplombe une scène sans décor : il se bat contre quelques vauriens. « Et quels criminels c’étaient ! Ça m’a pris moins d’un mois à défaire la Triade de La Gauchetière. Les débusquer et les mettre en déroute a été un jeu d’enfant et depuis ce temps, rien. Si au moins j’avais pu en avoir des durs, des vrais, des tatoués, comme Romertà, l’héroïne d’Anjou-St-Léonard, en a chez elle. » Retour au gros plan sur le visage du héros, les yeux sont plus calmes, mais les traits sont torturés par une angoisse digne du meilleur Lichtenstein. « Dire que j’ai dû décliner l’offre du SPVM de venir en aide à d’autres superhéros de quartiers, comme Parc-Man de Parc-Extension. » China-Man se tourne vers vous, lecteur : « Ce que les policiers ne savent pas, et que personne ne doit savoir – jamais ! – c’est que je suis prisonnier du quartier chinois. » Nouveau flash-back, dessins monochromes orange délavé. Décor d’usine insalubre. Un garde-fou se brise, et un jeune homme asiatique fait une chute.

Auteur : Luc Dagenais
Titre : China-Man versus le Troglodyte du Réso
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 134, septembre 2012, p. 39-48
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67533ac

Tous droits réservés © Éditions Triptyque, 2012

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