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Moebius : écritures / littérature

Numéro 134, septembre 2012, p. 142-150

Les arts martiaux

Sous la direction de Isabelle Gaudet-Labine

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Compte rendu

Worse is betterJean-Marc Desgent, Qu’importe maintenant (poésie), Éditions Poètes de brousse, 2012, 64 p.

Monique Deland

Résumé | Extrait

Jean-Marc Desgent Qu’importe maintenant (poésie) Éditions Poètes de brousse, 2012, 64 p. Worse is better La sortie d’un livre de poésie écrit par Jean-Marc Desgent représente toujours un événement. Avec celui-ci, Desgent passe chez les Poètes de brousse, lesquels avaient déjà donné l’hospitalité à son essai sur Claude Gauvreau et Antonin Artaud, en 20101. Les poèmes de Desgent sont tout à fait à leur place aux Éditions Poètes de brousse. Ils trouvent là une famille d’accueil appropriée, compte tenu de leur esthétique singulièrement déconcertante où vérité, violence et force de frappe n’ont d’égal que la sensibilité du verbe et la qualité de l’écriture. Dans Qu’importe maintenant, le contexte narratif semble être celui d’un homme de soixante ans qui fait le bilan d’une vie (ou qui continue de le faire2) à travers son oeuvre poétique. Un homme qui regarde le monde, ausculte son monde, et voit ceci : « mes êtres mêlés à leurs absences ». Ce livre, « c’est comme vieillir, se cacher, penser : / c’est comme vieillir, cacher son corps, penser la mort. C’est la cervelle humaine » dans l’insigne transparence de sa lumière crue. Comme le titre en témoigne, le texte renvoie davantage à ce qui se trouve derrière qu’à ce qui se trouve devant (ou encore juste ici, sous les pieds). C’est ainsi que le poète dédie son livre non pas à un mort, mais bien à huit morts (amis, parent, éditeur, artistes, écrivains) qui s’y trouvent rassemblés comme en un seul corps, en une seule âme, qui tourneraient autour d’un unique constat que le poète pourrait probablement formuler comme suit : ça finit toujours mal, et pareil pour tous, et j’y arrive comme les autres. Il écrit : « Tous ces corps qui me font le trou ouvert, / toi, moi, manquant au monde », comme disparus au milieu « des neiges pour les condamnés de l’Histoire ; j’en suis ». Pour le poète, cette sensation d’être laissé seul, comme « inhabité » par l’absence de l’autre ou par son retrait, abandonné pantois devant « la caresse trouée » ou après les « caresses sans attaches », ou même déserté de l’intérieur devant l’idée de sa propre absence éventuellement, tout ça ne peut que trouver son prolongement naturel dans une mort provoquée – petite freudienne ou grande définitive –, tant la rage enrage. Cette expérience de mort provoquée sera alors perçue comme un absolu réconfortant, puisqu’elle fera repasser le corps concerné par les circuits connus de l’absence, de la destruction et/ou de la disparition. Qu’il s’agisse des « béatitudes du dernier souffle », des paroles de ce « saint homme qui parle coma salutaire », des futures « tempêtes du dernier jour humain », des ébats entre « [t]oi, un mur, moi, au mur et, quand ça mitraille, / ça me fait le repos bien mérité », ou encore des désinvoltures liées au fait d’être « une terre qui rit morte déjà », le poète s’approche chaque fois d’« une crémation solaire de moi » qui le ravit. « [J]’appartiens à la crucifixion du soleil », écrit-il. C’est d’ailleurs ce qui lui fait aussi énoncer cette phrase substantielle : « Tous mes morts sont des idoles, / ils ont ma tête entre leurs crocs ». Si ses morts sont pour lui des idoles, c’est parce qu’ils ont connu la traversée des (ultimes) limites que le poète ne cesse lui-même de repousser, de son vivant. « J’ai appris à me traverser comme une dent », dira-t-il. Même si, à première vue, les terres du vivant paraissent infranchissables (compactes et dures comme une dent), en fin de course, on pourra néanmoins proclamer que « [l]es champs dévastés ont été franchis ».

Auteur : Monique Deland
Titre : Worse is better
Ouvrage recensé : Jean-Marc Desgent, Qu’importe maintenant (poésie), Éditions Poètes de brousse, 2012, 64 p.
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 134, septembre 2012, p. 142-150
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67551ac

Tous droits réservés © Éditions Triptyque, 2012

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