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Moebius : écritures / littérature

Numéro 133, avril 2012, p. 12-14

Pour Leonard Cohen

Sous la direction de Kateri Lemmens et Charles Quimper

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Article

Du sommet d’une montagne, j’espère ton retour

Charles Quimper

Résumé | Extrait

Charles Quimper Du sommet d’une montagne, j’espère ton retour Chère Marita, Cela fait bientôt des siècles que je t’attends, assis à cette petite table de bois. J’y ai gravé mes initiales ainsi que quelques mots à ton intention. Marita, fais vite je t’en prie, je vieillis, je vieillis vite et mal ! Mon visage est strié de rides et mes mains et mes bras sont recouverts de vilaines taches brunes. Marita, jamais je n’aurais cru devenir si vieux. Pour tout dire, jamais je n’aurais cru pouvoir survivre si longtemps sans toi. La dernière fois où je t’ai vue tu étais vêtue de haillons et de plumes et ensemble nous avons arpenté les rives du Saint-Laurent, collés l’un contre l’autre afin de conserver la chaleur de nos minces petits corps. C’est parmi le bois de marée et les algues mortes que je t’avais implorée de me sauver. À cette époque, j’avais si peur de mourir seul. Tu m’avais souris, posant tes mains glacées de chaque côté de mon visage, et bien que tu fusses alors la femme d’un autre, tu avais posé sur mes lèvres un baiser qui goûtait le zeste d’orange et le thé noir. À la maison de mes parents, tu t’étais assise sur l’herbe humide, m’observant du coin de l’oeil alors que je creusais de mes doigts la terre du jardin familial afin d’y enfouir un message destiné à mon père. Puis tu m’avais accompagné sur un petit sentier bordé d’aubépines et de baies sauvages, me murmurant à l’oreille un poème que tu avais ensuite abandonné au vent sans grande conviction. Mais il y a de cela bien longtemps Marita, bien avant la guitare espagnole et l’invention du synthétiseur. Avant les nuits de rage et d’impuissance, les années de coma éthylique et d’hallucinogènes. À l’époque où j’arrivais encore sans peine à séduire les opératrices de téléphone, les chanteuses populaires et les touristes grecques, bien avant ton immense succès à l’opéra de Vienne et la perte de mon vieux manteau. Désormais, je serais condamné à l’exil au sommet d’une montagne d’où je ne descendrais que...

Auteur : Charles Quimper
Titre : Du sommet d’une montagne, j’espère ton retour
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 133, avril 2012, p. 12-14
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66253ac

Tous droits réservés © Éditions Triptyque, 2012

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