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Moebius : écritures / littérature

Numéro 133, avril 2012, p. 17-25

Pour Leonard Cohen

Sous la direction de Kateri Lemmens et Charles Quimper

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Article

Phil

Thomas Hellman

Les poèmes dans ce texte sont de Phil Tétrault, traduits de l’anglais et adaptés par Thomas Hellman.

Résumé | Extrait

art04 Thomas Hellman Phil La première fois que j’ai rencontré Phil, il venait de sauter par la fenêtre du troisième étage de la faculté des études religieuses de l’Université McGill. Il avait atterri dans un gros tas de neige à quelques mètres de l’escalier devant la porte d’entrée où j’étais assis avec mon café. « Tu devrais essayer mon gars, c’est comme tomber dans un nuage ! » Seul le haut de son corps dépassait : son visage, sa barbe et ses cheveux grisonnants étaient couverts de neige. Il rassembla les quelques objets qui s’étaient éparpillés autour de lui – un livre, une bouteille, quelques papiers – et dégagea son corps en écartant la neige comme un nageur faisant la brasse. Il se précipita en haut de l’escalier et s’engouffra à nouveau dans le bâtiment. « Je vais essayer du quatrième ! » Phil est devenu mon ami. Je le voyais presque tous les jours devant l’entrée de la faculté. Parfois il était calme, posé, il me questionnait sur mes cours, se moquait genti-ment d’un professeur qui passait devant nous. D’autres fois, ses yeux semblaient aspirés à l’intérieur, son regard devenait distant, la réalité dans laquelle on se rejoignait était éclaboussée par un trop-plein de son imagination. Il se mettait à me raconter des histoires délirantes sur les auteurs ou les personnages des livres que je lisais : « J’ai gagné au bras de fer contre le capitaine Achab dans un bâtiment abandonné du vieux port... Maxime Gorki se promène saoul la nuit sur Saint-Laurent et donne des coups de pied dans les poubelles... Hier soir, j’ai bu des shooters avec Leonard Cohen au Copacabana... Et Dostoïevski était notre serveur ! » Une fois, notre conversation a été interrompue par le bruit ahurissant d’une auto qui montait la rue à toute allure. Phil m’a dit que James McGill, le fondateur de l’université (mort en 1813), avait demandé aux scientifiques du pavillon voisin d’inventer des machines très sophistiquées, intégrées subtilement aux briques, aux parcmètres et aux lampadaires,...

Auteur : Thomas Hellman
Titre : Phil
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 133, avril 2012, p. 17-25
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66255ac

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