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Moebius : écritures / littérature

Numéro 133, avril 2012, p. 36-39

Pour Leonard Cohen

Sous la direction de Kateri Lemmens et Charles Quimper

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Article

Pattes de mouche

Geneviève Porter

Nouvelle et poésie inspirées par « The Fly », Cohen, Leonard (1956), Let Us Compare Mythologies, McGill Poetry Series Number One, Contact Press, Toronto.

Dans sa cuirasse noire,

la mouche arpentait l’étendue

des cuisses ensommeillées de Freia,

indifférente à la main languissante

qui s’agitait distraitement

pour arrêter sa manoeuvre.

Et cela a gâché ma journée –

que cette mouche qui jamais n’avait envisagé

de la charmer ou de lui plaire

puisse arpenter si hardiment cette contrée

où j’aurais tant voulu

coucher mes genoux tremblants

traduction libre, Geneviève Porter, janvier 2010

Résumé | Extrait

Geneviève Porter Pattes de mouche Je viens de m’éveiller. Je sens la chaleur de tes seins contre mon dos. Le lit fleure ton parfum de vanille. Les poussières lévitent sur les rayons de soleil qui se glissent entre les lattes du store. Une mouche bourdonne au plafond. Tes doigts sur mon ventre s’égarent entre les frisottis de mes poils. J’évoque ton corps collé au mien. Je visualise tes longues jambes brunes, imbriquées dans les miennes si pâles, si laides. Je pleurerais de ce ventre tellement doux épousant mes reins. Que me trouves-tu enfin ? Je suis si ordinaire et mon verbe si imparfait : En ce matin ensoleillé Je voudrais être poète Pour faire la fête À ta chair ensommeillée. Mais je ne suis que moi, un apprenti poète au corps inachevé. Je n’arrive pas encore à exprimer la musique que j’entends dans ma tête. Ta main quitte mon ventre, ton pubis fuit mes fesses. Tu entraînes les draps dans le mouvement qui te retourne sur le dos. Tu t’éloignes et je désespère. Je suis orphelin de tes cuisses voluptueuses, de tes seins piriformes, de tes bouches d’ogresse. Je voudrais te retenir mais j’ignore les mots qui rappellent. Alors, je m’étire en geignant et me tourne vers toi. Je contemple ton corps épanoui. Tu gis nue, vulnérable. Le vrombissement de la mouche se fait plus sonore. La bestiole frôle mon nez, s’y attarde un peu. Je voudrais tuer l’intruse. Je cherche, du coin de l’oeil, quelque objet pour l’achever, si elle daigne se poser. Je vois la mouche s’aventurer là où n’ose plus aller mon corps, trahi par la lumière impitoyable du jour. La mouche caparaçonnée de noir pose ses pattes sur ta cuisse offerte. Elle se tait. Elle chemine vers ton lieu secret. Je m’apprête à la chasser, mais voilà que tu ris... Et je suspends mon geste. Je reconnais le rire qui, cette nuit, me rendait fou de bonheur quand mes doigts se faisaient plumes pour chatouiller ta peau. Je te contemple. Mais toi, tu gardes les yeux clos pour retenir quelque rêve plaisant. Tu...

Auteur : Geneviève Porter
Titre : Pattes de mouche
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 133, avril 2012, p. 36-39
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66259ac

Tous droits réservés © Éditions Triptyque, 2012

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