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Moebius : écritures / littérature

Numéro 133, avril 2012, p. 40-43

Pour Leonard Cohen

Sous la direction de Kateri Lemmens et Charles Quimper

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Article

Paris, quai Saint-Michel, 2 septembre 2010

Emmanuel Bouchard

Résumé | Extrait

Emmanuel Bouchard Paris, quai Saint-Michel, 2 septembre 2010 And many nights endure Without a moon, without a star So will we endure When one is gone and far Leonard Cohen, « True Love Leaves no Traces » Your loneliness will bring you home Leonard Cohen, « A Deep Happiness » Le petit homme à lunettes m’a interrogé du regard lorsque je lui ai tendu le livre sorti de mon sac. Il l’a pris avec précaution, l’a ouvert à peu près au milieu et s’est mis à lire la page de gauche à haute voix avec un mauvais accent : « Our Lady of Solitude ». À sa façon d’enfiler les vers, j’ai tout de suite compris qu’il connaissait le texte. Il levait les yeux à tout moment, accompagnant sa lecture de petits balancements de la main, comme si la musique jouait dans sa tête. Essoufflé après une minute, il a reculé de quelques pas pour s’appuyer sur le rebord d’une tablette chargée de livres, de photos et de gravures. Une toux creuse ; la main sur son paquet de cigarettes, dans le coin de sa boutique qui lui servait de comptoir-caisse : « V’savez, jeune homme, c’n’est pas exactement le genre de livre qui m’intéresse. Surtout des éditions anciennes que j’tiens ici. Si vous y tenez cependant, et parce que je l’aime bien, ce poète, choisissez quelque chose en échange dans cette boîte ; j’verrai ce que j’peux faire. » Sur le parapet où reposaient son éventaire et celui de ses voisins s’empilaient, dans une caisse de bois brut, quelques dizaines de livres en mauvais état et des photos anciennes protégées par une pellicule. Catéchismes, romans de gare, fascicules orphelins, manuels désuets... J’ai fouillé sans passion à travers ces reliefs, incapable de détacher mes yeux des promeneurs insouciants qui longeaient la Seine en bas, à l’abri du temps. Perdu le goût de la lecture depuis le départ d’Helena. * À Clermont-Ferrand, le lendemain de notre rencontre, nous étions entrés au hasard dans une petite librairie bor-dant la cathédrale : un capharnaüm enfermant des livres neufs et usagés,...

Auteur : Emmanuel Bouchard
Titre : Paris, quai Saint-Michel, 2 septembre 2010
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 133, avril 2012, p. 40-43
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66260ac

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