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Moebius : écritures / littérature

Numéro 133, avril 2012, p. 58-62

Pour Leonard Cohen

Sous la direction de Kateri Lemmens et Charles Quimper

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Article

Nos déserts

Nicholas Dawson

Résumé | Extrait

Nicholas Dawson Nos déserts There is a crack, a crack in everything, That’s how the light gets in. Leonard Cohen, « Anthem » Nos voix portent plus loin que le timbre de nos pères. Nos mots font le tour de la terre, nous reviennent. Intacts. Lisses. Nous savons dire nous, simples, efficaces. Dans nos corps, un hymne dissonant. La danse de nos ancêtres bouge encore parmi les décombres : membres à peine coupés par les vers, sang à peine séché par le vent. Nous écrasons les traces en vain, boitons à bout de souffle sur des restes solitaires, à bout de souffle, pourtant indifférents. Condamné seul avec mon refrain : je. Mon regard n’est plus neuf, ne se pose qu’en déplacement. Rassemblés par un chant de solitude, jamais nous n’entonnerons l’hymne. La chorale n’est plus. Mon solo n’intéresse personne. L’hymne ne brûle pas le monde. À bout de souffle, je serre les dents jusqu’au bruit, je joins les lèvres jusqu’au jaillissement du sang. Ma voix ne portera que des mots spectaculaires, intacts, lisses, simples comme les tiens, efficaces comme nous, inaudibles, dissonants. Nos visages demeurent inamovibles, vers l’avant, fixés tout droit vers l’horizon. Nous courons, nous fuyons, nos têtes encore figées, vissées, sans angle, tout droit, et l’horizon recule à chaque pas. Bruine, brume, vent, quelques éclairs : l’eau marie le ciel, les couleurs se mélangent. L’horizon n’a jamais été net. Mais je cours vers. À chaque pas, je serre les dents, je joins les lèvres, je tends un bras vers l’horizon qui recule à chaque pas, je serre les dents, je joins les lèvres, je tends l’autre bras vers l’arrière : qu’ai-je quitté ? L’horizon tout aussi brumeux derrière moi. Je me tais. Ce corps dit je, enferme encore un chant glorieux sans cette voix qui dirait nous, ici. Ce corps se répète et découpe encore les mots, devient sang bleu, tumeur, ici, entre horizon et horizon. Nos têtes figées, vissées au corps dur, fixé droit...

Auteur : Nicholas Dawson
Titre : Nos déserts
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 133, avril 2012, p. 58-62
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66262ac

Tous droits réservés © Éditions Triptyque, 2012

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