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Moebius : écritures / littérature

Numéro 129, avril 2011, p. 9-16

Le nu

Sous la direction de Jean-Simon DesRochers

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

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Article

Vieil homme, vieux chien

Étienne Lalonde

Résumé | Extrait

Étienne Lalonde Vieil homme, vieux chien Il vit au beau milieu de nulle part. Les yeux ouverts. Il ne voit rien du tout. Il habite presque dans le bois. L’automne, les feuilles, de toutes les couleurs. Il peut les sentir à leur place, parfaitement. Encore que. Il entend la rivière du mieux qu’il peut, droite, avec ses oreilles, non ses yeux. Il descend, solitaire, pour tout entendre, en possession de moyens ordinaires. Il est vieux comme la Lune, mais encore ; les hirondelles, les chants d’église lui creusent, chaque jour, un peu plus la toux. Il a un chien, vieux aussi, incarnation, témoin, tout de même, féal, des réalisations ordinaires de la vie ; sans les yeux, le chien, alors. Encore, donc, qu’à cet âge, ni le chien ni le maître n’aura su se calmer du coeur voulu classique ou du fort de la jeunesse qui, somme toute, ne les quittera vraiment, d’ici jusqu’à la mort dans quatre ou cinq ans. Il aime le grec, le latin, enseignés, déchiffrés, pliés, ran-gés autrefois, sortis lorsqu’il peut se permettre la langue de quelqu’un d’autre. Il est célibataire, sans outil, sans faute. Il a une bonne retraite. Ajoutons à cela des revenus militaires et quelques dividendes gaziers, qui lui sourient déjà depuis quinze ou vingt ans. Sans qu’il n’ait eu, jamais, à y voir quoi que ce soit. Il aimait l’Italie autant que la Chine, autrefois, pour la naissance des hommes qui avaient fait croître le monde devant ses yeux, au temps où il pouvait assister au bon-heur de ce feu. Maintenant, à part les bras de sa veste chaude, il n’aime plus vraiment rien. Or, il a des revenus suffisants pour se remémorer le tout en écoutant la télévision, de l’oreille gauche, la bonne, celle qui le peut bien, avec pour compagnon, seul, son chien qui, selon la norme canine, est beaucoup plus âgé que lui, mais, somme toute en forme, et presque harassant quand les bons jours lui viennent. Le chien s’appelle Angus. Le chien du bonhomme Farber, pour tous les autres, autour, que les deux ne voient plus...

Auteur : Étienne Lalonde
Titre : Vieil homme, vieux chien
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 129, avril 2011, p. 9-16
URI : http://id.erudit.org/iderudit/64549ac

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