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Moebius : écritures / littérature

Numéro 128, février 2011, p. 31-36

Arbres

Sous la direction de Bruno Lemieux

Direction : Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lucie Bélanger (directrice), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Article

Le pipier et son araucaria

Hugues Corriveau

Résumé | Extrait

Hugues Corriveau Le pipier et son araucaria Cornélius occupe le poste rare de pipier chez un petit fabriquant qui n’a rien à voir avec Peterson, Big Ben, Chacom, Dunhill ou Butz Choquin. À toute heure du jour, des ébauchons bouillent. Il tient entre ses doigts un rhizome de bruyère vieux de sept ans. Il s’occupe au fraisage du foyer. Le macaque piaille et tressaute dans sa cage. Il gémit. Dans sa tête, Cornélius prierait un peu pour accomplir plus vite encore son projet. La première fois, il avait joui durant des heures devant la scène ; mais il se retient de fausser le temps, de se mentir effrontément. Jamais il ne pourra accélérer le vieillissement de la bête. Il lui faut attendre le moment exact. Les projets ont quelque vertu qu’il lui faut apprécier. Leur lenteur ménage encore plus de satisfaction. Il ne croit vraiment qu’en deux choses : aux singes et aux arbres. C’est déjà beaucoup pour un seul homme. Les arbres soutiennent le rythme du vent, créent le mouvement des collines, entonnent des hymnes noires au fond des ouragans. Les arbres se développent pour se soutenir les uns les autres, faire avancer la forêt, pour n’être tout entiers que bruissement de feuilles. Mais il arrive qu’un arbre soit seul au milieu d’un champ, au bord d’une falaise, dépourvu, éployant sa ra-mure pour maintenir le ciel. Mais il arrive toujours que le singe fasse partie des arbres, il les prend à bras-le-corps, y dort, y surveille les serpents et les langues de girafe. Cornélius le sait. Il a le singe. Il a l’arbre. Qui peut en dire autant ? Fumeur de pipes, boucanier des savanes, le Cornélius : « à l’oeuvre on reconnaît l’artisan », lui qui peaufine, qui nourrit. Il rêve du jour flambant neuf où il pourra admirer de nouveau son singe voulant grimper à l’arbre mature. Il rêve aussi d’un ouistiti qui viendrait squatter le creux de sa main, grignotant le fourneau de sa pipe, les soirs embaumés des pluies diluviennes. Quand tout sera prêt, il emmènera son macaque dans un pays...

Auteur : Hugues Corriveau
Titre : Le pipier et son araucaria
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 128, février 2011, p. 31-36
URI : http://id.erudit.org/iderudit/64587ac

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