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Moebius : écritures / littérature

Numéro 128, février 2011, p. 109-114

Arbres

Sous la direction de Bruno Lemieux

Direction : Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lucie Bélanger (directrice), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Article

Un érable

Laurence Côté-Fournier

Résumé | Extrait

Laurence Côté-Fournier Un érable Les banlieues ne sont pas toutes les mêmes, l’ignorez-vous, et les arbres plus que tout autre élément fondent leur aristocratie. Car les vieilles familles de banlieues, celles dont les habitants disent avec satisfaction : « On dirait certains quartiers de Montréal », celles-là possèdent de grands et forts arbres, des avenues ombrées où, si personne ne va jamais marcher, il n’est pas impossible de le concevoir, et où les jeux de lumière créés par la présence des branches confèrent une profondeur inédite aux arrière-cours, ins-taurent une atmosphère patricienne dans laquelle il serait doux de se confier de belles choses. Nous, pour toute banale qu’était notre famille, possédions un de ces arbres devant notre résidence lavalloise, un érable vieux et gris, pas très beau, non, mais certes très haut, un érable qu’on aurait pu entailler pour jouer à Vertigo et retrouver l’année de sa naissance, les jours de drames existentiels. Ce n’était pas un arbre de plébéien, pas du tout, pas un arbre de nouveaux riches non plus. Notre arbre avait la sève bleue et grâce à lui, nous aussi. Notre voisine, pourtant, disposait de bien davantage. C’était une femme riche et désoeuvrée que cette voisine, une créature voûtée et dépressive qui accumulait autour d’elle les objets clinquants et les chutes d’eau pré-fabriquées, les fleurs aux noms imprononçables et les poissons chinois, les faux oiseaux pour vraies mangeoires, dans une compulsion matérielle qui ne cessait de m’émer-veiller, enfant, lorsque je songeais avec envie à ses orgies tapageuses de Vénus de Milo, de Manneken Pis, de copies à rabais de chefs-d’oeuvre de l’art. Elle n’ouvre sa porte à l’Halloween que pour montrer l’intérieur de sa maison, disait ma mère, et il est vrai que les bonbons offerts par la voisine, de chétives pastilles de sucre aux parfums arti-ficiels, ne laissaient pas de me décevoir. Elle exhibait désespérément tout ce qu’elle avait à montrer, comme son fils, bibelot lui...

Auteur : Laurence Côté-Fournier
Titre : Un érable
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 128, février 2011, p. 109-114
URI : http://id.erudit.org/iderudit/64606ac

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