Érudit - Promouvoir et diffuser la recherche
FrançaisEnglishEspañol
 

Recherche détaillée

.

Moebius : écritures / littérature

Numéro 130, septembre 2011, p. 11-16

Réinventer le 11 septembre

Sous la direction de Annie Dulong et Alice van der Klei

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
< PrécédentSuivant >

Abonnement requis!

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Toutes les archives des revues diffusées sur Érudit sont en accès libre (barrière mobile de 2 ou 3 ans). Pour plus d’information, consulter la page Abonnements et politique d’accès.

Connexion (abonné individuel)

Article

Le bleu du ciel

Martine Delvaux

Les passages en anglais sont de Khalil Gibran.

Résumé | Extrait

Martine Delvaux Le bleu du ciel Le café était chaud, elle était en pyjama, les rides tendres du sommeil imprimées sur ses joues. Le prophète avait quitté le Moyen-Orient pour s’installer à New York au début du siècle. Il avait choisi l’Amérique. On le comparait à William Blake. Ses compatriotes disaient que c’était un hérétique. Elle avait commencé à lire ses pensées. Elle disait : « Je cherche. Si Dieu existe, je vais le trouver. » C’était comme un dernier combat. Les choses du monde la concernaient à moitié. Elle hésitait à se laisser emporter par la vie ordinaire. Matin et soir, elle méditait. Je me levais, je préparais le café, elle s’extirpait du sommeil, s’asseyait en tailleur dans le lit, dos contre le mur, yeux fermés. Le soir, elle priait. Un calme tombait, un silence d’une autre qualité. Elle disait que les endroits où les moines méditaient étaient protégés. C’était le début de l’automne. On était à Montréal, elle arrivait de Moscou. Ensemble, on discutait longuement des croyances, les siennes et celles de son pays. Parfois, on finissait par s’affronter. Elle me demandait quel était le sens de la vie dans un monde où on ne priait plus. Ce matin-là, enfoncée dans le canapé avec son café, elle a dit : « Tiens ! Écoute ça… » C’était des mots sur l’amour, dans l’anglais du prophète new-yorkais. Elle avait la tête penchée sur le livre. Sa nuque pâle, la peau qui fait fermer les yeux, je suis venue la retrouver, lovée contre elle. Elle lisait à haute voix : « You were born together, and together you shall be forever more. You shall be together when white wings of death scatter your days. » Je traçais des parcours le long de son bras. Des mouvements comme les marques que le vent laisse dans les dunes blondes du désert, des marées de sable. Je sentais le battement léger de son coeur à l’intérieur de son poignet, dans la pâleur striée de bleu, de mauve, une toile d’araignée. Elle était calée dans les coussins. J’ai fini par me recroqueviller en chien de fusil...

Auteur : Martine Delvaux
Titre : Le bleu du ciel
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 130, septembre 2011, p. 11-16
URI : http://id.erudit.org/iderudit/64952ac

Tous droits réservés © Éditions Triptyque, 2011

À propos d'Érudit | Abonnements | RSS | Conditions d’utilisation | Pour nous joindre | Aide

Consortium Érudit ©  2014