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Moebius : écritures / littérature

Numéro 130, septembre 2011, p. 77-82

Réinventer le 11 septembre

Sous la direction de Annie Dulong et Alice van der Klei

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Nicole Décarie (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Article

La voix éteinte

Annie Dulong

Résumé | Extrait

Annie Dulong La voix éteinte Il a trente-six ans. De l’autre côté de la porte, il a posé sa main sur le comptoir, entre les brosses à dents électriques Batman et Spiderman de ses fils, les pots de crème de sa femme et son rasoir électrique. Du bout du doigt, il repousse lentement une bouteille de pilules. Il ne lève pas la tête. S’il le faisait, il verrait que son crâne se dégarnit un peu, et que ses cheveux repoussent blancs. Mais il ne lève pas la tête. L’ongle de son index s’est cassé l’autre jour, il reste l’ombre d’une trace de sang. Ce n’est pas douloureux. Ce n’est pas pour cela qu’il ne lève pas la tête. Il devrait se raser, au moins se passer un peu d’eau sur le visage. Éloigner sa main du flacon de pilules, attraper sa brosse à dents, une brosse toute simple, bleue, déposée dans un verre jaune avec des coquillages et des étoiles de mer. La salle de bain est décorée ainsi, ils aiment la plage, y ont passé leurs meilleures vacances, ce n’est pas original mais il s’en fout. Sur les murs, sa femme a accroché des photographies de leurs différentes époques, sans les enfants, avec les enfants, en couple avec les enfants laissés à la maison. Pour oublier, pour se ressourcer, pour se retrouver. L’an dernier, ses beaux-parents se sont occupés des enfants et sa femme et lui ont roulé jusqu’aux palmiers de Key West. Deux semaines de plage, de palmiers, de vagues et de calme. Et puis ils ont dû rentrer. Sa tête est encore baissée. Il sent la tension dans son cou, à l’arrière, cela tire jusque vers les oreilles. Mais il ne bouge pas. Key West. Il devrait y retourner. Peut-être amener les enfants. Et pourquoi pas les parents. Un truc de famille. Non, ce serait trop. Trop décisif. Il ne peut pas, ne peut pas agir comme ça. Passer du temps avec les enfants, oui, mais pas avec les deux paires de grands-parents. Les garçons sont réveillés. Le plus petit s’est fait voler quelque chose par le plus grand. C’est le drame, la grande catastrophe. Il ne leur dit pas que ce...

Auteur : Annie Dulong
Titre : La voix éteinte
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 130, septembre 2011, p. 77-82
URI : http://id.erudit.org/iderudit/64962ac

Tous droits réservés © Éditions Triptyque, 2011

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