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Moebius : écritures / littérature

Numéro 131, novembre 2011, p. 29-32

La volupté

Sous la direction de Danielle Dussault et Jean Pierre Girard

Direction : Lucie Bélanger (directrice), Robert Giroux (directeur), Lysanne Langevin (directrice), Nicole Décarie (directrice) et Raymond Martin (directeur)

Éditeur : Éditions Triptyque

ISSN : 0225-1582 (imprimé)  1920-9363 (numérique)

moebius1006620
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Article

Les dents jaunes d’un siècle sec

Charlotte Lemieux

Résumé | Extrait

Charlotte Lemieux Les dents jaunes d’un siècle sec En 1911, un homme est né. Je parle bien d’un homme, vraiment, car personne n’aurait pu confondre l’individu long, maigre et sévère qui glissa du ventre de sa mère, sans un cri, avec un quelconque nouveau-né. Il survécut à sa propre naissance, à la Grande Guerre et à la grippe espagnole (qui grouillait dans les bénitiers) pendant que mourait un pourcentage indéterminé de sa fratrie. Il mangea peu, travailla beaucoup, accomplit ses devoirs avec rigueur et n’activa son système reproducteur qu’après la Deuxième Guerre, en respectant les prescriptions de la sainte Église. Cette méthode engendra une descendance que nous retrouverons au prochain paragraphe, à la fin des années soixante. On dit des enfants de cette génération qu’ils naquirent tous en même temps, égoïstes et gloutons, déjà indifférents au malheur d’autrui, promis à un avenir meilleur qu’ils avaleraient sans même l’avoir goûté. C’est ce qu’on dit. S’ensuivit une période pharamineuse. Les enfants du premier paragraphe menaient, à l’insu de leurs parents tâcherons, des existences parallèles. Dans le désordre, la fumée verte et l’irréalité d’un monde insoupçonné de leurs géniteurs, ils exultaient. La fille de l’homme long détonnait. Elle refusait le festin. La volupté l’effrayait, les débordements l’affolaient, mais dans ce contexte éprouvant elle mit néanmoins au monde, au fond d’un sous-sol, un premier-né fâché probablement conçu derrière une Volkswagen. À l’égarement succéda la rédemption. Elle transportait son péché en nourrissant un idéal clandestin : celui d’un monde lisse, d’une vie terne, où les gens vont travailler le matin et reviennent le soir, satisfaits. Oui, à cette époque précise, c’est ce qu’elle aurait voulu. Dans diverses circonstances dont certaines relevaient de la platitude rêvée, elle éjecta une succession d’enfants mécontents. Un à un, elle avait expulsé vers l’univers ces gigots hurlants, honteuse de transmettre à l’autre génération...

Auteur : Charlotte Lemieux
Titre : Les dents jaunes d’un siècle sec
Revue : Moebius : écritures / littérature, Numéro 131, novembre 2011, p. 29-32
URI : http://id.erudit.org/iderudit/65457ac

Tous droits réservés © Éditions Triptyque, 2011

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