Érudit - Promouvoir et diffuser la recherche
FrançaisEnglishEspañol
 

Recherche détaillée

.

Nuit blanche, magazine littéraire

Numéro 126, printemps 2012, p. 52-56

Direction : Suzanne Leclerc (directrice)

Rédaction : Alain Lessard (rédacteur en chef)

Éditeur : Nuit blanche, le magazine du livre

ISSN : 0823-2490 (imprimé)  1923-3191 (numérique)

nb1073421
< PrécédentSuivant >

Abonnement requis!

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Toutes les archives des revues diffusées sur Érudit sont en accès libre (barrière mobile de 2 ou 3 ans). Pour plus d’information, consulter la page Abonnements et politique d’accès.

Connexion (abonné individuel)

Article

René Laporte (1905-1954)

François Ouellet

Résumé | Extrait

U ne première réédition Mort prématurément depuis bientôt une soixantaine d’années, Laporte est aussi un éternel absent des histoires littéraires ; et ses livres ont malheureusement depuis longtemps sombré dans l’oubli. Mais Le Dilettante réédite, en mai 2012, Hôtel de la solitude, premier titre de Laporte à revoir le jour. Écrit en 1942 mais publié en 1944, Hôtel de la solitude est un récit d’une centaine de pages que René Julliard, appelé à devenir un ami intime de Laporte, avait fait paraître dans la jolie collection des Éditions littéraires de Monaco, en même temps qu’un recueil de Paul Éluard, Dignes de vivre. Désireux de faire oublier ses sympathies collaborationnistes, et parce que le vent politique tournait, René Julliard avait réussi, grâce à Laporte, à obtenir, pour sa collection, un titre d’Éluard, un des principaux chantres de la Résistance. C’est ainsi que l’ouvrage d’Éluard (achevé d’imprimer le 1er juillet 1944) et celui de Laporte (achevé d’imprimer le 31 juillet 1944) parurent tous deux entre le débarquement de juin en Normandie et la libération de Paris, en août. Pourtant, malgré l’activité politique de Laporte pendant l’Occupation, Hôtel de la solitude est tout sauf un récit de la Résistance. Sans doute est-il emblématique, à cet égard, de l’originalité et de la puissance poétiques d’un univers romanesque qui s’impose en dépit des circonstances. Si l’histoire de ce récit est fort simple, l’écriture fait basculer le réel dans une sorte de rêverie qui en fait tout le charme et la réussite. Au lendemain de l’armistice, qui faisait entrer la France dans l’Occupation allemande, Jérôme Bourdaine avait abouti à Nice, traînant dans les casinos, menant une vie désemparée, désoeuvrée, dérisoire, faite de plaisirs illusoires et de facilités. Un soir, il « éprouva comme une nausée de sa vie » et décida de s’installer dans un hôtel déserté du village de La Turbie, niché au-dessus de Monte-Carlo. « Dès le premier soir, la porte poussée, il était devenu citoyen d’un autre monde. » Ainsi commence le récit, qui nous introduit, avec Jérôme, dans un univers particulier. Depuis une bonne dizaine d’années, l’hôtel ne reçoit plus de clients ; le couple Barca, qui en est propriétaire, vit dans le passé glorieux du palace, à une époque où s’y retrouvaient des personnages de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie. Jérôme est rapidement séduit par le charme désuet de l’hôtel, par l’impressionnante carte des vins et par la conversation de Ludovic Barca, qui évoque la vie antérieure de l’hôtel. Au moyen d’une écriture poétique très fine, Laporte parvient admirablement à dépeindre cette ambiance d’un autre monde peuplé de fantômes. Dans l’apaisante solitude de l’hôtel et du village, Jérôme vit dans un enchantement total, comme dans une sorte de « brouillard mental » qui l’isole complètement du monde en guerre. Le cinquième jour, quand il descend pour dîner, il aperçoit, assise seule à une table, une femme dont le genre respire une autre époque. Zoya Sernitch est une immigrante russe, dont le mari passe ses journées au casino, car il a découvert une combine qui lui permet, en jouant, de faire un « salaire » honorable. Jérôme en devient immédiatement amoureux, ou plutôt il devient amoureux de l’idée que représente une femme comme Zoya pour un homme qui, comme lui, est un chasseur d’absolu et qui, derrière l’attrait physique, recherche « une certaine possession idéale ». Subtile et astucieuse, baignée de ce climat onirique qui habite le texte depuis le début, la fin du récit nous laisse indécis quant à l’attitude finale de Jérôme à l’égard de Zoya, avant de nous montrer le départ de celui-ci de La Turbie et de suggérer son retour à la case départ de l’échiquier d’un monde provisoirement désaxé.

Auteur : François Ouellet
Titre : René Laporte (1905-1954)
Revue : Nuit blanche, magazine littéraire, Numéro 126, printemps 2012, p. 52-56
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66285ac

Tous droits réservés © Nuit blanche, le magazine du livre, 2012

À propos d'Érudit | Abonnements | RSS | Conditions d’utilisation | Pour nous joindre | Aide

Consortium Érudit ©  2016