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Nuit blanche, magazine littéraire

Numéro 126, printemps 2012, p. 66-68

Direction : Suzanne Leclerc (directrice)

Rédaction : Alain Lessard (rédacteur en chef)

Éditeur : Nuit blanche, le magazine du livre

ISSN : 0823-2490 (imprimé)  1923-3191 (numérique)

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Article

La SMCQ, le Québec et sa musique contemporaine

Yves Laberge

Résumé | Extrait

a musique actuelle, contemporaine, abstraite ou d’avant-garde doit être comprise comme un genre exigeant, exactement le contraire du « jazz lounge » à la Diana Krall que l’on écoute en fond sonore pour meubler une conversation décontractée entre amis autour d’un verre. Cette nouvelle musique, souvent atonale, toujours renouvelée, interroge les structures mêmes des sons, leur organisation, les tonalités, les rythmes. Prise globalement, la musique contemporaine n’est pas très éloignée de l’art abstrait qui caractérisa le milieu du XXe siècle dans la peinture, la sculpture, le cinéma expérimental et la littérature de plusieurs pays. Certains artistes québécois ont pris part à ce mouvement, mais leur contribution demeure méconnue, en dépit de leur importance. Montréal comme plaque tournante de la musique contemporaine L’histoire de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) débuta officiellement en 1966. Mais quelques signes précurseurs apparurent à Montréal douze ans plus tôt, en mai 1954, en pleine grande noirceur : un groupe d’artistes québécois dont Gilles Tremblay, François Morel, Serge Garant interprétèrent leurs propres compositions et quelques oeuvres actuelles (pour l’époque) d’Olivier Messiaen, d’Anton Webern, de Pierre Boulez lors d’un concert mémorable. Cet événement n’était pas isolé. Quelques mois auparavant, le 1er février 1954, la Ligue canadienne des compositeurs (LCComp) organisa un concert de musique actuelle dont les auteurs étaient non seulement tous canadiens, mais tous vivants : on pouvait y entendre un concerto de Jean Papineau-Couture, des oeuvres toutes récentes de Pierre Mercure, de François Morel, de Jean Vallerand et de quelques autres. Quel contraste avec les programmes classiques habituellement axés sur la musique européenne des siècles précédents, de Bach à Beethoven ! On dut alors refuser des gens car la salle Saint-Sulpice du Conservatoire de musique du Québec était trop petite. Selon Réjean Beaucage, cet événement musical moins connu serait peut-être aussi important que la publication retentissante du manifeste du Refus global, paru quatre ans plus tôt. Les activités de la SMCQ débutèrent juste avant « l’année de l’Expo » et suscitèrent aussitôt un grand intérêt de la part du public et dans les quotidiens montréalais : « Il y avait sans doute à l’époque une soif d’ouverture sur le monde, dont Expo 67 allait bientôt se faire l’éclatant reflet et qui, quarante ans plus tard, semble bien s’être apaisée ». Grâce aux activités de la SMCQ, non seulement Montréal devint un lieu de création et de diffusion de la musique contemporaine, mais plusieurs compositeurs d’envergure internationale y séjournèrent : Karlheinz Stockhausen, Olivier Messiaen, Iannis Xenakis, Pierre Boulez. Un vif débat autour de la musique Mais cette volonté de sortir des sentiers battus ne plaît pas à tous. Au fil des années, l’incompréhension à laquelle les créateurs québécois de musique contemporaine doivent se heurter donne lieu à une multitude d’articles, de lettres ouvertes, de débats qui débordent le cadre strict de la vie musicale et des arts. En 1983, un critique de La Presse condamna même un concert donné à Montréal par le légendaire Steve Reich ! Les journalistes et chroniqueurs montréalais ont pour la plupart nui à la diffusion de la musique contemporaine québécoise : au lieu d’expliquer, de mettre en contexte, de fournir des pistes aux lecteurs, ceux-ci condamnaient la plupart de ces concerts, étalant presque avec fierté leur incompréhension de ces musiques nouvelles, s’érigeant eux-mêmes comme des modèles d’appréciation de la création (avec un raisonnement du type « si j’aime, c’est que c’est vraiment bon ; sinon, c’est mauvais »). Pire encore, au lieu de palier leur ignorance en consultant d’autres artistes, des experts, des musicologues, voire des mélomanes, beaucoup de critiques concluaient expéditivement qu’il n’y avait rien à comprendre dans la musique contemporaine puisque eux-mêmes n’y trouvaient aucun sens.

Auteur : Yves Laberge
Titre : La SMCQ, le Québec et sa musique contemporaine
Revue : Nuit blanche, magazine littéraire, Numéro 126, printemps 2012, p. 66-68
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66293ac

Tous droits réservés © Nuit blanche, le magazine du livre, 2012

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