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Québec français

Numéro 166, été 2012, p. 25-27

Littérature et journalisme

Sous la direction de Maude Couture

Littératie médiatique et enseignement du français

Sous la direction de Réal Bergeron et Marie-Christine Beaudry

Direction : Aurélien Boivin (directeur)

Rédaction : Vincent C. Lambert (rédacteur en chef, littérature, langue et société), Réal Bergeron (rédacteur en chef, didactique) et Monique Noël-Gaudreault (rédactrice en chef, didactique)

Éditeur : Les Publications Québec français

ISSN : 0316-2052 (imprimé)  1923-5119 (numérique)

qf1076656
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Article

Voir et témoigner : entre l’information et le ressentiNaissance du reportage de guerre en France

Véronique Juneau

Doctorante en études littéraires, Université Laval

veronique.juneau.1@ulaval.ca

Résumé | Extrait

Voir et témoigner : entre l’information et le ressenti Naissance du reportage de guerre en France PAR Véronique Juneau* Si le reportage de guerre s’impose véritablement dans le paysage journalistique français à partir de la Première Guerre mondiale, époque où il se codifie et se dote, à titre de genre noble du journal, d’un statut, d’un prestige et d’une influence dignes des périls affrontés, ses premiers balbutiements remontent toutefois à un passé beaucoup plus éloigné. En 1859, au cours de la Deuxième Guerre d’indépendance d’Italie, la presse parisienne accueille au sein de sa matière textuelle cette nouvelle pratique journalistique dont elle ne distingue pas encore précisément ni l’originalité ni la spécificité. De longs reportages, insérés entre les dépêches succinctes, les correspondances militaires, les bulletins officiels et les télégraphies privées reprises de gazettes étrangères, exposent au jour le jour le récit des évènements sur le champ de bataille. Quelques journalistes français, dépêchés en Lombardie, témoignent alors de leur plongée dans la réalité de ce conflit à travers une série de lettres destinées aux journaux parisiens. Ce travail de rédaction sur le théâtre d’hostilité, au coeur de l’actualité, constitue une expérience nouvelle, quasi inédite dans la presse française. Alors qu’en Angleterre, le reportage de guerre grandit en importance grâce à des figures aussi illustres que William Howard Russell, du Times de Londres, en France, les prémisses de cette nouvelle pratique commencent à se dessiner à travers les initiatives de chroniqueurs tels qu’Eugène Jouve, Amédée Achard et Edmond Texier. Soumis à une actualité dont la saisie pose comme condition première la nécessité de déplacement, le reporter se doit d’aller à la rencontre de l’information sur les lieux mêmes du conflit. La notion de voyage, intrinsèquement liée au reportage de guerre, est donc au premier plan de ses préoccupations. Ce n’est toutefois ni la quête d’exotisme, ni la recherche de dépaysement, propres au récit de voyage, mais plutôt le désir d’investiguer qui règle ses mouvements. Le champ d’action est vaste, et le reporter, toujours prêt à réagir. Ainsi, plus que l’idée de déplacement géographique, qui constitue une condition essentielle aux récits de voyages journalistiques – autre pratique reconnue dans la presse du XIXe siècle – c’est la notion d’actualité qui distingue alors le reportage, un genre évoluant sous l’influence de contraintes multiples1. La collecte d’informations est au centre des préoccupations du reporter, qui se positionne comme un témoin attentif et privilégié d’une réalité qu’il se doit de restituer le plus fidèlement possible. Pour le journaliste en prise sur l’évènement, la saisie de faits d’actualité s’avère une exigence de premier ordre. Son intention principale est d’attester l’évènement en tentant, dans la mesure du possible, d’éclairer le lecteur. Les épanchements, la rêverie et les longues digressions propices aux récits de voyage conviennent moins à la pratique du reportage, qui est d’ailleurs assujettie à une tout autre temporalité. Le recours à la « description pittoresque s’intercale [plutôt] dans les blancs de l’actualité2 » pour pallier un manque, une difficulté, une incapacité d’accéder aux sources d’informations, puisque l’écriture du reportage est d’abord soumise à l’urgence de la publication. L’enquête de terrain – transcription au jour le jour L’actualité, la périodicité, l’instantanéité, de même que l’observation influent sur cette forme d’écriture en phase avec le quotidien. Le caractère référentiel du reportage de guerre produit une écriture inéluctablement liée à l’événement. Il s’agit donc d’une écriture rapide, éphémère, ponctuelle et juste, qui s’insère dans le mouvement d’une nouvelle temporalité, réduite au présent. À ce « maintenant » devenu essentiel se rattache un « ici » tout aussi martelé, puisque le reportage de guerre est entièrement inscrit dans le régime de l’observation. Cette écriture testimoniale, déployée autour du motif du regard, met de l’avant une volonté de rendre visible l’évènement.

Auteur : Véronique Juneau
Titre : Voir et témoigner : entre l’information et le ressenti : naissance du reportage de guerre en France
Revue : Québec français, Numéro 166, été 2012, p. 25-27
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67259ac

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