Érudit - Promouvoir et diffuser la recherche
FrançaisEnglishEspañol
 

Recherche détaillée

.

Québec français

Numéro 166, été 2012, p. 34-37

Littérature et journalisme

Sous la direction de Maude Couture

Littératie médiatique et enseignement du français

Sous la direction de Réal Bergeron et Marie-Christine Beaudry

Direction : Aurélien Boivin (directeur)

Rédaction : Vincent C. Lambert (rédacteur en chef, littérature, langue et société), Réal Bergeron (rédacteur en chef, didactique) et Monique Noël-Gaudreault (rédactrice en chef, didactique)

Éditeur : Les Publications Québec français

ISSN : 0316-2052 (imprimé)  1923-5119 (numérique)

qf1076656
< PrécédentSuivant >

Abonnement requis!

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Toutes les archives des revues diffusées sur Érudit sont en accès libre (barrière mobile de 2 ou 3 ans). Pour plus d’information, consulter la page Abonnements et politique d’accès.

Connexion (abonné individuel)

Article

D’une inactualité de la chronique

Vincent C. Lambert

Doctorant en études littéraires, Université Laval

Résumé | Extrait

D’une inactualité de la chronique Par Vincent C. Lambert* littérature et journaL L’idée d’une anthologie de la chronique1 m’est venue alors que je déménageais des piles de livres hérités de la bibliothèque de la Législature vers le local du centre Hector-de-Saint-Denys-Garneau, à l’Université Laval, où j’effectuais des recherches sur la poésie québécoise. J’avais lu auparavant la série des Billets du soir d’Albert Lozeau publiée à l’imprimerie du Devoir de 1911 à 1918, et je m’aperçus que plusieurs des livres que je classais dans les étagères en étaient fort semblables, autant par leur forme que par leurs préoccupations. Voici quelques titres de ces recueils, qui semblent porter la marque d’une intimité de ton et d’un certain éparpillement : les Coquillages de Marius, les Lettres de Fadette, plusieurs recueils de Causeries, les Brins d’herbes de Monique, Un Canadien errant d’Ernest Bilodeau, Figures et paysages de Louise de Bienville, les Billets de Geneviève, Couleur du temps de Michelle Le Normand… Si quelques-uns de ces recueils de chroniques s’étaient glissés dans une bibliothèque réservée à la poésie, c’est que j’ai d’abord cru qu’il s’agissait là de poèmes en prose. Prenons un exemple au hasard : « L’heure fuit. Le petit village a vu ses maisons s’effondrer et ses arbres se noyer dans les lacs lumineux. Je vois maintenant, par deux fois, au-delà du mont de notre vrai village, celui qui demeure, les nuages prendre la forme exacte, devenir la copie textuelle de la montagne qu’ils dominent. Pourquoi ? Je ne sais, et je regrette que les nuages aient ainsi l’âme plagiaire, eux qui peuvent être eux-mêmes, variés infiniment. » La chronique libre Mais je découvris par la suite, en lisant les courtes présentations qui accompagnent parfois les recueils, que ces livres rassemblaient des textes qui furent d’abord publiés dans des journaux, à la semaine dans la plupart des cas, avant d’être recueillis et imprimés aux frais du journal en question. En tout, de 1900 à 1930, on compte plus de quarante recueils rédigés par une trentaine de chroniqueurs. Seulement huit d’entre eux se sont finalement retrouvés dans cette anthologie. J’ai d’abord eu l’idée de réaliser une anthologie de la chronique qui remonterait jusqu’aux écrits d’Hector Fabre et d’Arthur Buies, mais j’ai réalisé par la suite que ces chroniques plus anciennes (écrites, disons, de 1860 à 1900) provenaient d’une autre époque de l’écriture. La plupart de ces chroniqueurs (outre Arthur Buies et Hector Fabre, nommons Napoléon Legendre, Edmond Paré, Faucher de Saint-Maurice…) écrivent « de l’extérieur » du journal, en prenant la direction du journal pour destinataire principal, tandis qu’Albert Lozeau ou Henriette Dessaules écrivent « de l’intérieur », à partir d’un espace que l’éditeur veut bien leur céder, d’une tribune, en simulant un échange imaginaire avec le lecteur. Plusieurs chroniques sont ainsi publiées sous la rubrique « Billet du soir » dans le Devoir. L’appellation « billet » nous rappelle d’ailleurs deux différences majeures entre la chronique du XIXe et celle du XXe siècle. Sa longueur, d’abord : si un espace est ménagé pour la chronique à l’intérieur du journal, cet espace est considérablement rétréci par rapport aux chroniques souvent très longues du siècle précédent. Ensuite, cette appellation signale une volonté de maintenir une intimité entre le chroniqueur et son lectorat. Il faut garder en tête que la chronique telle qu’on l’écrit au début du siècle apparaît dans un contexte médiatique « de masse ». Alors que les chroniques d’Arthur Buies étaient publiées dans un journal d’opinion s’adressant à un public restreint et cultivé, les chroniques de Lozeau ou de Fadette sont publiées dans des journaux d’information dont la première ambition est moins d’instruire le lecteur que de créer un auditoire fidèle et élargi.

Auteur : Vincent C. Lambert
Titre : D’une inactualité de la chronique
Revue : Québec français, Numéro 166, été 2012, p. 34-37
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67262ac

Tous droits réservés © Les Publications Québec français, 2012

À propos d'Érudit | Abonnements | RSS | Conditions d’utilisation | Pour nous joindre | Aide

Consortium Érudit ©  2016