Érudit - Promouvoir et diffuser la recherche
FrançaisEnglishEspañol
 

Recherche détaillée

.

Québec français

Numéro 164, hiver 2012, p. 24-25

L’actualité du mythe

Sous la direction de Vincent C. Lambert

Comprendre des textes à l’oral et à l’écrit

Sous la direction de Christian Dumais et Réal Bergeron

Direction : Aurélien Boivin (directeur)

Rédaction : Isabelle L'Italien-Savard (rédactrice en chef, littérature, langue et société), Geneviève Ouellet (rédactrice en chef, littérature, langue et société), Réal Bergeron (rédacteur en chef, didactique) et Monique Noël-Gaudreault (rédactrice en chef, didactique)

Éditeur : Les Publications Québec français

ISSN : 0316-2052 (imprimé)  1923-5119 (numérique)

qf1076656
< PrécédentSuivant >

Abonnement requis!

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Toutes les archives des revues diffusées sur Érudit sont en accès libre (barrière mobile de 2 ou 3 ans). Pour plus d’information, consulter la page Abonnements et politique d’accès.

Connexion (abonné individuel)

 

L’actualité du mythePrésentation

Vincent C. Lambert

Doctorant en littérature, Université Laval

Résumé | Extrait

L’actualité du Par Vincent C. Lambert* mythe On entend dire que l’humanité a perdu le sens du mythe... Disons plutôt qu’elle est aveugle aux mythes qui la font vivre, tout comme à ceux (des simulacres) qui l’entraînent à sa perte. Les religions elles-mêmes ont oublié qu’elles sont finalement des mythologies auxquelles on croit. Leur prétention à la vérité scientifique est une aberration tenace qui n’est pas seulement le fait des preachers américains et de leurs fans finis. Elle est avalée toute crue par un athéisme contemporain assez répandu, qui rejette la religion du revers de la main sous prétexte qu’elle ne raconterait que des histoires à dormir debout. Ce fondamentalisme tourne à vide, que vous y croyiez ou non. Il nous prive de tout le sens, de toute la force de ces récits exemplaires : non, Adam et Ève, l’Arbre de la Connaissance et la Chute du Paradis, cette vieille histoire racontée aussi bien dans la Bible que dans le Coran, ne nous informe pas sur la généalogie probable de l’humanité, mais sur l’humanité telle qu’elle se vit en chacun de nous. Car le mythe n’est pas quelque chose qui a eu lieu il y a très très longtemps, dans un monde imaginaire. C’est une histoire, des personnages, qui nous racontent (et que l’on se raconte) à l’instant même. Selon Joseph Campbell, l’auteur du Hero with a thousand faces (1949) connu de tous aux États-Unis mais encore invisible en français, tout mythe digne de ce nom a quatre fonctions principales (du moins, l’une ou l’autre d’entre elles). La première est d’ordre mystique ou religieux : amener la conscience à s’éveiller au mystère qu’elle est pour elle-même, puis à découvrir les origines de sa propre existence. La seconde fonction est cosmologique : le mythe présente une image du cosmos, donc de la place de l’être humain dans l’univers. La troisième est d’incidence morale : il doit supporter, valider, un comportement juste, qui maintient l’ordre dans la société. Enfin, la quatrième fonction du mythe est liée à ce qu’on appelle la crise de la trentaine ou encore le démon du midi : il aide à traverser les âges de la vie, donne à cette existence l’allure d’une quête dont les épreuves ont un sens (à la fin, dans toutes les traditions, la vieillesse est invariablement l’heure du détachement et de la gratitude). La question qui s’impose alors est la suivante : ces besoins élémentaires nous habitent-ils encore même si plus personne ne lit les Métamorphoses d’Ovide ? Oui, évidemment, mais peut-on dire pour autant que la littérature ou le cinéma d’aujourd’hui répondent des mêmes fonctions que le mythe ? Question épineuse, car on s’entend généralement pour dire que la valeur d’une oeuvre est davantage le fait d’une question que d’une réponse. Mais c’est aussi vrai pour les mythes : ils ne sont pas de simples réponses toutes faites, mais nous rappellent à nos nécessités profondes en nous proposant des images à résoudre, dont la clef est en nous. Dans l’Odyssée, Pinocchio ou le poème liminaire de L’homme rapaillé, par exemple, on retrouve l’idée que cette vie est un long retour chez soi qui doit cependant passer par un chemin de perdition. La portée mythique d’une oeuvre est donc ce qui suggère au lecteur que sa vie est elle aussi une vie exemplaire. Le mythe soulage du poids d’être unique. Les textes réunis dans ce dossier témoignent chacun à leur manière de l’actualité du mythe. Pour Bertrand Bergeron, le mythe est un des genres de l’orature, avec le conte et la légende. Il se distingue de ces derniers en veillant sur une imago mundi où la communauté trouve sa raison d’être et se regénère.

Auteur : Vincent C. Lambert
Titre : L’actualité du mythe : présentation
Revue : Québec français, Numéro 164, hiver 2012, p. 24-25
URI : http://id.erudit.org/iderudit/65885ac

Tous droits réservés © Les Publications Québec français, 2012

À propos d'Érudit | Abonnements | RSS | Conditions d’utilisation | Pour nous joindre | Aide

Consortium Érudit ©  2016