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Québec français

Numéro 165, printemps 2012, p. 36-39

Imaginer l’Apocalypse

Sous la direction de Aurélien Boivin et Vincent C. Lambert

Les productions orales et écrites

Sous la direction de Nancy Allen et Raphaël Riente

Direction : Aurélien Boivin (directeur)

Rédaction : Isabelle L'Italien-Savard (rédactrice en chef, littérature, langue et société), Vincent C. Lambert (rédacteur en chef, littérature, langue et société), Réal Bergeron (rédacteur en chef, didactique) et Monique Noël-Gaudreault (rédactrice en chef, didactique)

Éditeur : Les Publications Québec français

ISSN : 0316-2052 (imprimé)  1923-5119 (numérique)

qf1076656
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Article

La poésie moderne et la fable apocalyptique

Vincent C. Lambert

Doctorant en littérature, Université Laval

Résumé | Extrait

La poésie moderne et la fable apocalyptique par Vincent C. Lambert* Pendant qu’on se rassemble, à l’oracle ou devant la télévision, pour fantasmer l’arrivée prochaine du grand cataclysme, des poètes ont imaginé et continuent d’imaginer leur temps comme la fin des temps. L’Apocalypse a toujours lieu. Même un poème aussi indigeste (c’est le mot employé par l’auteur pour décrire son propre poème) que La fin du monde par un témoin oculaire (1895) de Pierre-Paul Paradis, l’unique exemple chicoutimien d’un récit apocalyptique classique, peut être considéré comme une fable pour notre époque. Paradis est ni plus ni moins qu’un avatar de Jean, l’auteur de l’Apocalypse biblique : il reçoit lui aussi la toute fin en vision, transporté en esprit du côté de la planète Vénus, où il assiste à la tombée d’un monde. Pour ceux qui oseraient en douter, Paradis précise que le voyage n’aurait été possible sans électricité : « Parvenu sur la nue, un courant électrique º Donna de tels élans au tourbillon magique º Qu’en l’astre il m’a porté ». Il arrive au moment où la déroute vient de commencer. Comme dans le récit biblique, l’une des sources du malheur réside dans l’adoration d’un pseudo-prophète (celui que, dans la Bible, on appelle le Diviseur, l’Adversaire) : « On vénérait son ombre ! º Tous ceux qui l’approchaient le craignaient comme un dieu ». Le fait que cet homme solitaire et studieux considère Jésus comme un imposteur et qu’il invite les habitants à brûler son Église aurait pourtant dû leur mettre la puce à l’oreille, mais l’antéchrist est d’un charme tel que Paradis lui-même se met à le vénérer. Peu à peu, « la désolation, º l’anxiété », couvrent les cieux. Le poète renonce au culte et se soumet à la divinité suprême et mystérieuse : « Que ton souffle m’anime, et qu’il se manifeste º Dans le sombre récit de ces calamités º Pour mieux nous convertir de nos iniquités ». Alors commence le sombre récit en question : le firmament est en ébulliton, l’atmosphère rougeoie, tous les signes sont en place, mais les peuples nerveux continuent fièvreusement de bâtir des cités et des chemins de fer en « noyant leur effroi dans le sein de l’ivresse ». Finalement, les peuples périssent comme il se doit en implorant Jésus-Christ. Paradis est recraché par la bouche d’un volcan avant d’être rescapé par un ange qui « semblait commander à la nature entière » et qui lui dit : « Ne crains rien ». Des mots qu’on retrouve également dans l’Apocalypse de Jean : « Ne crains plus ; moi, je suis le premier et le dernier, et le vivant, et je fus mort, et voici : je suis vivant pour les éternités des éternités ». Ne crains rien, n’aie pas peur... c’est aussi ce que Shiva, grande déesse de l’hindouisme, dit au mystique au moment de les faire disparaître – lui et l’univers – et de lever le rideau sur sa nature véritable. « Ce n’est pas la fin du monde », écrit de son côté Saint-Denys Garneau, « C’est moi. » Aujourd’hui synonyme de destruction, le mot Apocalypse est issu du grec apokalupsis, « révélation », du verbe apokaluptein, « découvrir, révéler ». Une forme de retour Tous les poèmes de genre apocalyptique ont pour origine un même constat, une même déploration : nous avons fait fausse route, et ce qui devait être un Paradis est un Enfer. Et nous voici maintenant au point extrême de la déroute : nous ne pouvons aller plus loin dans cette manière de voir – ou de ne pas voir. Le salut ne peut venir alors que par un consentement à la mort.

Auteur : Vincent C. Lambert
Titre : La poésie moderne et la fable apocalyptique
Revue : Québec français, Numéro 165, printemps 2012, p. 36-39
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66454ac

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