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Relations

Numéro 755, mars 2012, p. 10

Souffrances

Direction : Élisabeth Garant (directrice)

Rédaction : Jean-Claude Ravet (rédacteur en chef), Catherine Caron (rédactrice en chef adjointe) et Amélie Descheneau-Guay (secrétaire de rédaction)

Éditeur : Centre justice et foi

ISSN : 0034-3781 (imprimé)  1929-3097 (numérique)

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Article

Une expérience identitaire (troisième partie)

Wajdi Mouawad

Résumé | Extrait

On ne réalise pas toujours ce que cela signifie de muter dès lors que d’émigrant on se voit devenir immigrant. Nous sommes des oiseaux tout le long du trajet qui nous mène vers ce nouveau territoire où l’on pourra vivre une vie délivrée de souffrances. À peine atterris, les pieds nous repoussent et les procédures s’ouvrent devant nous, apportant leur lot de vicissitudes et de nostalgie du pays natal. Ainsi, entre la préfecture de Paris où il m’a fallu accompagner ma mère tous les six mois pour le renouvellement de la carte de séjour et le bureau d’Immigration Canada à l’Aéroport international de Montréal, l’oiseau que j’étais s’est défait de ses ailes pour arborer son habit d’immigrant reçu avec les règles, les lois, les soumissions et les avantages que ce statut confère. Ici, les voitures sont plus grosses que là-bas; le temps plus humide; la courbe du ciel plus accentuée. On se souvient, dans sa chair, qu’exil et horizon sont deux mots construits à partir de la même pensée. L’horizon étant la limite fixe au-delà de laquelle s’ouvre un territoire hors horizon. L’exil. On a alors le privilège de constater les différences. Les autorités canadiennes sont habiles là où l’administration française est percluse de brutalité aléatoire. Cet aléatoire qui emplissait le trajet vers la préfecture de police d’une angoisse insupportable, car tout allait dépendre de sur qui nous allions tomber. – Vos cartes de séjour ne seront pas renouvelées, madame. – Pourquoi ? – Parce que ça suffit. Vous avez trois mois pour quitter le territoire. Ma mère a déversé son fiel contre ce qui était français : la baguette, le camembert, Gainsbourg, De Gaulle, et nous avons pris congé du fonctionnaire sur un « tant mieux » tonitruant lancé en arabe au visage de l’autorité qui venait, sur un coup de tête, de sceller notre destin. L’impossibilité de retourner au Liban et celle de rester en France ont conduit mon père à penser au climat. Ce sera le Texas, à Houston. Le sort en était jeté, nous...

Auteur : Wajdi Mouawad
Titre : Une expérience identitaire (troisième partie)
Revue : Relations, Numéro 755, mars 2012, p. 10
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67010ac

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