Érudit - Promouvoir et diffuser la recherche
FrançaisEnglishEspañol
 

Recherche détaillée

.

Relations

Numéro 754, janvier-février 2012, p. 10

L’Amérique latine : boussole pour les temps présents

Direction : Élisabeth Garant (directrice)

Rédaction : Jean-Claude Ravet (rédacteur en chef), Catherine Caron (rédactrice en chef adjointe) et Amélie Descheneau-Guay (secrétaire de rédaction)

Éditeur : Centre justice et foi

ISSN : 0034-3781 (imprimé)  1929-3097 (numérique)

rel049
< PrécédentSuivant >

Abonnement requis!

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Toutes les archives des revues diffusées sur Érudit sont en accès libre (barrière mobile de 2 ou 3 ans). Pour plus d’information, consulter la page Abonnements et politique d’accès.

Connexion (abonné individuel)

Article

Une expérience identitaire (deuxième partie)

Wajdi Mouawad

Résumé | Extrait

Deux chocs, survenus lors des premiers mois de mon arrivée, ont déterminé la manière avec laquelle j’allais appréhender mon rapport avec le Québec. Dès mon entrée à la polyvalente, j’avais éprouvé une nostalgie effroyable en pensant à mes camarades du lycée Buffon, à Paris. Tout me manquait. Ce que l’enfant avait réussi, avec une sorte de résilience stupéfiante, entre Beyrouth et Paris, l’adolescent âgé de 14 ans ne pouvait plus l’espérer entre Paris et Montréal, tant était grande l’envie de retrouver les paysages qui lui avaient permis de se façonner une liberté. Montréal n’était en rien concernée. Cette nostalgie, je l’aurais éprouvée dans n’importe quel pays du monde. Ma sensation d’arrachement m’empêchait de fixer le présent. On croit que l’on va s’habituer sans prendre garde aux chocs, ni à leurs conséquences. Le premier choc eut lieu un matin de novembre. Avant de partir à l’école, je constate qu’il fait un temps radieux : ciel cristallin, bleu outremer et soleil dominant. Je mets un short, un tee-shirt, des baskets et je sors. Une sensation de gel et de nudité me traverse comme jamais je n’en avais encore éprouvée. Ma tante, chez qui nous habitions, me hurle : « Qu’est-ce qui te prend? Il fait -15! ». Je suis rentré abasourdi. Je ne pouvais pas comprendre qu’il puisse faire si froid lorsque le ciel est si bleu. Le second choc eut lieu quelques jours plus tard à la polyvalente lorsque, pour la première fois, après une bataille, on m’a traité d’« osti d’intellectuel français à lunettes, on va te dévisser la tête pis on va te chier dans le corps! » J’en suis resté sans voix! Non pas à cause de la beauté de l’insulte, mais pour la manière dont j’étais perçu par mes nouveaux camarades. Ainsi donc, il a suffi de quelques jours et d’un décalage horaire de six heures pour passer, sans n’avoir rien fait, du Libanais pilier de rugby avec un accent arabe à l’intellectuel à l’accent français. Le principe des portes tournantes ne faisait que s’accentuer, rajoutant une...

Auteur : Wajdi Mouawad
Titre : Une expérience identitaire (deuxième partie)
Revue : Relations, Numéro 754, janvier-février 2012, p. 10
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67068ac

Tous droits réservés © Relations, 2012

À propos d'Érudit | Abonnements | RSS | Conditions d’utilisation | Pour nous joindre | Aide

Consortium Érudit ©  2014