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Relations

Numéro 754, janvier-février 2012, p. 21-23

L’Amérique latine : boussole pour les temps présents

Direction : Élisabeth Garant (directrice)

Rédaction : Jean-Claude Ravet (rédacteur en chef), Catherine Caron (rédactrice en chef adjointe) et Amélie Descheneau-Guay (secrétaire de rédaction)

Éditeur : Centre justice et foi

ISSN : 0034-3781 (imprimé)  1929-3097 (numérique)

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Article

La souveraineté dans la rue

Ricardo Peñafiel

Résumé | Extrait

La souveraineté dans la rue Les manifestations de masse et les soulèvements populaires en Amérique latine représentent une nouvelle forme de subjectivation politique, qui constitue le véritable virage à gauche dans la région. Ricardo Peñafiel Au cours de la dernière décennie, l’Amérique latine a vécu un spectaculaire « virage à gauche ». Ce virage n’est pas tant un phénomène électoral ou gouvernemental qu’un processus social et politique beaucoup plus profond, durable et généralisé. Au cours des trois dernières décennies – alors que les élites politiques (de droite comme de gauche) s’évertuaient à réaliser une « démocratie de marché, stable et consensuelle », perpétuant des systèmes d’injustice et d’exclusion –, une immense capacité d’auto-convocation de la société s’est développée à partir de los de abajo (les « gens d’en bas »). Cette interpellation des masses par elles-mêmes n’a pas seulement ouvert la porte à des gouvernements réfractaires au néolibéralisme; elle a aussi et surtout créé une forme de subjectivation politique favorisant la poursuite de la lutte indépendamment du type de gouvernement en place. Depuis les émeutes de la faim ou de l’austérité (comme le Caracazo au Venezuela, en février 1989), qui ont remis en question de manière radicale les « thérapies de choc » et les réformes institutionnelles de l’État, les masses latino-américaines ont développé une panoplie de nouvelles formes d’action collective. Lorsque l’oppression dépasse les bornes de l’acceptable, les laissés-pour-compte surgissent dans l’espace public, en exhibant cela même qu’on ne veut pas voir et en affirmant haut et fort : ¡Ya Basta! (Ça suffit!). Égalité démocratique Parler de ces laissés-pour-compte, ce n’est pas parler du « bas peuple » ou des pauvres. Il n’est pas question d’une classe, d’une catégorie sociologique ou d’un groupe identitaire, ethnique ou idéologique, mais de tous ceux qui, n’ayant pas de titres pour statuer sur le devenir collectif affirment, au contraire, le droit de tous à statuer. Ils instaurent ainsi un nouveau rapport au politique dans leur acte de révolte. « Nous sommes 99 % », crient les Indignés de la planète – cette « part des sans-parts » dont parle Jacques Rancière1. Ils s’indignent, s’insurgent en fonction d’un postulat d’égalité politique, bafoué de diverses manières. C’est bien avant le mouvement planétaire des Indignés que les peuples d’Amérique latine ont dit « Nunca más » (« plus jamais! ») aux ignobles crimes de terrorisme d’État et qu’ils ont décidé de se battre contre l’impunité et pour la justice. Ce combat ne se réduit pas à des luttes juridiques menées par des organisations de familles de détenus disparus (comme les Mères de la place de Mai, en Argentine) et par des organisations de défense des droits humains. Ce sont des milliers de personnes qui expriment leur rejet de situations inacceptables, bien que « légales » : depuis les nombreuses manifestations de masse contre les lois de type Punto Final (« Point final ») interdisant les poursuites judiciaires contre les crimes commis lors de la dictature un peu partout sur le continent, jusqu’aux « marches silencieuses » au Mexique pour s’opposer aux exactions commises par le gouvernement dans le cadre de la lutte contre les cartels de drogue, en passant par les manifestations en faveur du jugement de Pinochet par l’Espagne. En refusant les arrangements institutionnels (ces « pactes entre élites modérées »), en refusant de troquer la justice contre des demi-vérités imposées au nom d’une réconciliation et en refusant la militarisation du social et la criminalisation de la dissidence, c’est le principe même de justice qui est ré-institué. Et ce ne sont pas les juges, ni les institutions politiques qui en sont les garants, mais la société tout entière en lutte contre le détournement des postulats d’égalité supposément à la base de ces institutions.

Auteur : Ricardo Peñafiel
Titre : La souveraineté dans la rue
Revue : Relations, Numéro 754, janvier-février 2012, p. 21-23
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67074ac

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