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Relations

Numéro 754, janvier-février 2012, p. 28-29

L’Amérique latine : boussole pour les temps présents

Direction : Élisabeth Garant (directrice)

Rédaction : Jean-Claude Ravet (rédacteur en chef), Catherine Caron (rédactrice en chef adjointe) et Amélie Descheneau-Guay (secrétaire de rédaction)

Éditeur : Centre justice et foi

ISSN : 0034-3781 (imprimé)  1929-3097 (numérique)

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Variation 4L’instant suffisant

Suzanne Jacob

Résumé | Extrait

Variation 4 L’instant suffisant Texte : Suzanne Jacob Peinture : Marie Surprenant Passé trois heures, dans la lumière déjà défaite de l’Avent, le peintre avait étalé ses toiles en contrebas du trottoir où on trouve l’entrée de la librairie. J’arrivais de l’épicerie, du dépanneur, de la station-service, de la boulangerie où chaque caissière, caissier, pompiste, m’avait à tour de rôle demandé si j’allais bien. À chacun, sauf à celle qui avait les yeux gonflés de chagrin, à qui j’avais suggéré qu’elle avait peut-être besoin d’un petit dodo et dont les yeux s’étaient aussitôt remplis de larmes, j’avais répondu : « Bien merci, et vous? » Le peintre a remis ça. Est-ce que j’allais bien? Réflexion faite, mal ou bien, je ne savais pas du tout où j’allais. J’ai montré le ciel : – Je vais bien merci, mais où? – Le ciel est avec moi, a dit le peintre, et l’instant présent me suffit. – Vous le tenez? – Évidemment, puisque je le crée. Il suffit de le créer pour le tenir, et lorsque vous le tenez, il est suffisant. Il parlait de l’instant présent, le suffisant. Suis-je bête, suis-je bête, me suis-je dit, j’en parlerai à Marie Surprenant, il faut partir à la pêche à l’instant. Ce méné vif, ils sont des milliers à le tenir sous leur loupe et à s’en faire une contemplation. Et nous, qui sommes-nous, petit nombre effaré d’entendre la morue mourante taper de la queue au fond des barques, petit nombre affairé à réciter les noms des femmes Shafia comme autant de noms d’étoiles d’une constellation noyée au fond de la Voie lactée – Zainab, Sahar, Geeti, Rona? Quel nuage toxique alourdit nos paupières et retarde l’invention du leurre d’un instant borné de tous côtés par la méditation, un instant sans famine, sans guerre, sans viol, sans extorsion, sans torture, au sein duquel on mastiquerait intensément ses pâtes et son bien-être, son retrait, sa neutralité, sa non-ingérence, son non-moi? « Mastique bien, mastique longtemps, et parle à ta bouchée. » Et ensuite, on avale? On...

Auteur : Suzanne Jacob
Titre : Variation 4 : l’instant suffisant
Revue : Relations, Numéro 754, janvier-février 2012, p. 28-29
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67078ac

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