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Relations

Numéro 754, janvier-février 2012, p. 30-31

L’Amérique latine : boussole pour les temps présents

Direction : Élisabeth Garant (directrice)

Rédaction : Jean-Claude Ravet (rédacteur en chef), Catherine Caron (rédactrice en chef adjointe) et Amélie Descheneau-Guay (secrétaire de rédaction)

Éditeur : Centre justice et foi

ISSN : 0034-3781 (imprimé)  1929-3097 (numérique)

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Article

La Palestine : vers un État sans nation?

Vincent Romani

Résumé | Extrait

La Palestine : vers un État sans nation? Pour comprendre les enjeux entourant la demande de reconnaissance d’un État palestinien, un détour par l’histoire s’impose. Vincent Romani En septembre 2011, Mahmoud Abbas, président contesté de l’Autorité palestinienne et du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), lançait l’initiative diplomatique nommée « Palestine 194 ». Celle-ci consistait à demander que la Palestine soit accueillie comme le 194e État membre de l’Organisation des Nations unies (ONU), en vertu de sa résolution 181 de 1947 et de la proclamation de l’État palestinien en 1988. Cette initiative est destinée à inscrire un succès diplomatique au bilan de l’Autorité palestinienne, après dix-sept ans d’échecs politiques successifs. Pour en comprendre le sens, il importe de la situer dans le contexte historique et politique. Cela permet de voir qu’un éventuel succès de la revendication étatique actuelle n’aurait au mieux qu’un effet cosmétique sur la situation politique concrète des Palestiniens. De nation sans État, les Palestiniens sont aujourd’hui menacés d’avoir un État sans nation. La Palestine sous mandat britannique La forme étatique moderne en Palestine germe au carrefour historique de la chute de l’Empire ottoman lors de la Première Guerre mondiale. Un premier gouvernement est formé en Palestine par la Grande-Bretagne, en tant que puissance mandataire de 1922 à 1948, qui s’octroie ce territoire alors détaché de la circonscription syrienne de l’Empire ottoman déchu. L’objectif sioniste émergeant dès la fin du XIXe siècle est l’établissement d’un État juif sur le maximum de territoires de la Palestine. Mais les habitants non juifs (chrétiens et musulmans), unanimes contre ce projet, ne formulent pas aussitôt le contre-projet symétrique d’un « État palestinien ». Ils inscrivent plutôt leur combat dans le cadre historique de la lutte panarabe et panislamique de la région, où une spécificité politique palestinienne peine à émerger. La forte intégration sociale, économique et politique de la région rend illégitime à leurs yeux le découpage des frontières mandataires. La politique britannique met en oeuvre un « gouvernement de la Palestine », conférant à tous les administrés – juifs, musulmans et chrétiens – une commune nationalité palestinienne, assortie d’un même passeport. L’arabe, l’hébreu et l’anglais sont les trois langues officielles de cette première Palestine. Les luttes subséquentes ont pour enjeu, chez les sionistes, la judaïsation de ce cadre palestinien. Elles feront oublier qu’arabité n’exclut pas judéité et produiront une opposition durable, anthropologiquement fausse, entre juifs et arabes. Le conflit croisé entre sionistes, britanniques et autochtones non juifs aboutit à un enchaînement d’événements bien connus : la guerre civile; la résolution 181 de l’ONU, en 1947, qui partage la Palestine entre deux États, arabe et juif; le retrait britannique et la proclamation de l’État d’Israël, en mai 1948; la guerre israélo-arabe et la défaite des États arabes. Une entité palestinienne Au moment du cessez-le-feu des guerres de 1948-1949, l’État israélien s’étend sur 78 % de la Palestine, alors que la résolution 181 lui en avait accordé 54 %. Les 22 % restants correspondent à la Cisjordanie, occupée, puis annexée par la Jordanie actuelle en 1950, et à la bande de Gaza, administrée militairement par l’Égypte. Mais surtout, près de 750 000 Palestiniens – soit les trois quarts des habitants non juifs – sont expulsés hors des nouvelles frontières d’Israël, symbolisées par la Ligne verte1. S’ouvre une période de compétition entre États arabes pour la cause palestinienne et les résidus territoriaux des guerres de 1948, où la « Palestine » politique, création anglaise multi-communautaire, devient le fruit d’une conception arabiste, instrumentalisée par des États concurrents et nommée « entité palestinienne ». L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) est créée en 1964, s’appuyant sur un programme panarabe. La guerre israélo-arabe de juin 1967 provoque un nouveau choc géopolitique : en envahissant la Cisjordanie et la bande de Gaza, Israël réunit sous son contrôle l’ensemble des territoires de la Palestine mandataire.

Auteur : Vincent Romani
Titre : La Palestine : vers un État sans nation?
Revue : Relations, Numéro 754, janvier-février 2012, p. 30-31
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67079ac

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