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Relations

Numéro 760, octobre-novembre 2012, p. 24-25

Que vive la langue!

Direction : Élisabeth Garant (directrice)

Rédaction : Jean-Claude Ravet (rédacteur en chef), Catherine Caron (rédactrice en chef adjointe) et Emiliano Arpin-Simonetti (secrétaire de rédaction)

Éditeur : Centre justice et foi

ISSN : 0034-3781 (imprimé)  1929-3097 (numérique)

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Article

La francisation au coeur du quotidien

Sophie Thiébaut

Résumé | Extrait

La francisation au coeur du quotidien Sophie Thiébaut Je cherchais un colocataire. Moi-même immigrante, je m’installais dans mon premier logement au Québec. Je n’avais pas grand confort à partager, mais je ne voulais pas vivre seule. Le travail mis à part, j’avais du temps à offrir. Abbas est arrivé dans ma vie avec son grand sourire et son incroyable vitalité. J’ai appris peu à peu son parcours et comment il avait dû quitter son pays, l’Iran. Arrivé depuis peu à Montréal, il demandait le statut de réfugié politique – qu’il obtint quelques mois plus tard. Il était dans la cinquantaine. Sa langue maternelle était le farsi, il ne connaissait pas le français et ne parlait que quelques mots d’anglais. Je me souviens encore lorsqu’il est venu visiter l’appartement. La conversation ne pouvait qu’être limitée! Par la suite, je lui ai offert de boire un thé devant la fenêtre ensoleillée. « Energy! energy! » disait-il en me montrant le ciel. Il me l’a répété si souvent par après. L’énergie il l’avait, je l’avais, et elle circulait entre nous. Nous avons vécu ensemble plus d’un an. J’ai ainsi choisi de l’accompagner au quotidien dans son apprentissage de la langue et de la réalité d’ici, de vivre selon l’idée que l’accueil et la francisation des immigrants, ce n’est pas que l’affaire des autres – institutions, groupes communautaires, employeurs, etc. –, mais bien celle de nous tous. Au début, nos échanges verbaux portaient essentiellement sur la nourriture partagée ou sur des aspects de l’organisation de la maison. Grâce à leur répétition quotidienne, Abbas apprivoisait les mots associés aux objets, couleurs et sensations que je lui désignais. Il apprenait « tranquillement pas vite », comme on le dit justement au Québec! Quand il s’agissait de raconter une histoire ou même de parler politique internationale, c’était tout un défi. On utilisait la grande carte du monde accrochée dans la cuisine et on « jouait la pantomime », pour reprendre ses mots. Pour se faire...

Auteur : Sophie Thiébaut
Titre : La francisation au coeur du quotidien
Revue : Relations, Numéro 760, octobre-novembre 2012, p. 24-25
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67566ac

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