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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 279, juillet-août 2012, p. 28

Christopher Nolan

Sous la direction de Sylvain Lavallée

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

The Killing of a Chinese BookiePerdre avec styleLe bal des vauriens — États-Unis, 1976-78, 109 minutes

Sami Gnaba

Résumé | Extrait

Sami Gnaba Il y a de ces films qui échappent à tout territoire cinéma-tographique; même s’ils héritent d’une certaine tradition du genre (ici le film noir), ils déploient au tournant de chaque scène leur singularité, leur vérité intime. Fruit de cette force de style inhérente à la manière de filmer de Cassavetes, The Killing of a Chinese Bookie renverse la dynamique traditionnelle du genre et se déploie avec un rythme lent, sans grands effets, par une force tranquille et continue, ce qui confère à l’image une forme de beauté engourdie. Toute l’action « semble arrêtée, suspendue comme si l’instant était pétrifié » (T. Jousse dans La Force de vie). Ce qui prime dans ce cinéma, toujours, ce n’est pas l’action, mais l’exploration des états psychologiques, introspectifs, existentiels des personnages. Le film démarre comme il se termine : son héros, Cosmo Vitelli, sortant de sa boîte, le glauque Crazy Horse West. Une lumière rouge embrase les lieux, annonciatrice de cette fatalité qui sous-tend la trajectoire du héros. Héros qui a l’élégance, la splendeur du ténébreux Ben Gazzara ! Dans le premier plan, il est en chemin pour aller payer ses dettes à un gangster. Le dernier plan le montre blessé, le sang imbibant son costume bleu. Entre ces deux plans, nous sommes conviés à une cavale existentielle lancinante (appuyée par de sobres notes de piano) de laquelle se manifeste la « boulimie d’exister » d’un homme pris au piège. D’abord, pris au piège par son habitude de jouer. À peine libéré de ses dettes, il ira perdre 23 000 $ dans la nuit. Puis, par ceux auprès desquels il s’est endetté. Il faut voir comment Cassavetes filme Gazzara en train de signer sa reconnaissance de dette. On rentre puis on sort, comme chez un avocat. Premier constat : la pègre chez Cassavetes a le costume et l’attitude des banquiers, des avocats… et pourquoi pas des dirigeants de studios de cinéma ? ! Le lendemain, ses créanciers lui font une offre qu’il ne peut refuser : tuer le bookmaker du titre et en échange, ils annuleront sa dette. Film noir à la surface, The Killing of a Chinese Bookie est avant tout une métaphore. Il y a un plan, à la troisième ou quatrième minute du film, qui sert de bon indicateur à la valeur métaphorique du récit. Cosmo, au bas des escaliers, dans les coulisses, mains au micro, annonce à la salle : « I choose the numbers, I direct them, I arrange them ». N’est-ce pas là les indications incontestées d’un metteur en scène ? Chez Cassavetes, la vie et l’art ne font qu’un ! Comme Cosmo, il ne vit que pour son art (sa boîte), avec sa bande (ou ses girls), profondément investi. Et comme son protagoniste, il cherchera à préserver son indépendance du système des studios (la pègre). Récit d’un homme cherchant obstinément à résister au nom de son art (cet appel effectué juste avant le meurtre pour s’assurer du bon déroulement du spectacle), The Killing of a Chinese Bookie compose un autoportrait du solitaire Cassavetes pris dans les rouages d’un système hollywoodien avec lequel il regrettera amèrement d’avoir signé son contrat (A Child is Waiting). L’oeuvre trace la trajectoire d’un homme (artiste) se sachant déchu, mais qui reste fidèle à sa vision, à sa création, jusqu’à la fin, jusqu’au dernier souffle. « People are struggling to keep the show alive », s’écrie d’ailleurs Cosmo, à bout de force, blessé par une balle, chez sa copine. Au fil du film, Cosmo devient un funambule marchant sur un fil très ténu, sur le point de se rompre à tout moment; Cassavetes se tient là, à ses côtés, dans une proximité attendrie, le regardant marcher avec la dignité des hommes qui n’ont plus rien à perdre.

Auteur : Sami Gnaba
Titre : The Killing of a Chinese Bookie : perdre avec style
Ouvrage recensé : Le bal des vauriens — États-Unis, 1976-78, 109 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 279, juillet-août 2012, p. 28
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66966ac

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