Érudit - Promouvoir et diffuser la recherche
FrançaisEnglishEspañol
 

Recherche détaillée

.

Séquences : la revue de cinéma

Numéro 279, juillet-août 2012, p. 29

Christopher Nolan

Sous la direction de Sylvain Lavallée

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

sequences1081634
< PrécédentSuivant >

Abonnement requis!

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Toutes les archives des revues diffusées sur Érudit sont en accès libre (barrière mobile de 2 ou 3 ans). Pour plus d’information, consulter la page Abonnements et politique d’accès.

Connexion (abonné individuel)

Compte rendu

Parada Quand cliché rime avec véritéLa Parade — Serbie / Croatie / Macédoine / Slovénie, 2011, 115 minutes

Anne-Christine Loranger

Résumé | Extrait

Parada Quand cliché rime avec vérité Les quatre peuples de l’ex-Yougoslavie n’ont qu’un seul ennemi commun : les homosexuels. De cette douloureuse réalité, Srdjan Dragojevic tire une comédie hilarante sur la cohabitation entre Serbes, Croates, musulmans bosniaques et Kosovars albanais qui collectionne les clichés tout en nous servant une solide dose de réel. Anne-Christine Loranger Comment vit-on son homosexualité dans le pays le plus homophobe au monde ? Comment organise-t-on une parade de la fierté gaie dans une ville où, toutes les semaines, des homosexuels sont harcelés et tabassés en pleine rue ? Conseiller en cérémonie de mariage et activiste gai, Mirko tente d’organiser le premier Gay Pride réussi en Serbie tandis que son amoureux Radmillo, un tranquille vétérinaire, essaie tant bien que mal de rester discret sur son orientation sexuelle. La fierté gaie a en effet son prix à Belgrade, où la première tentative de défilé en 2001 s’est soldée par un bain de sang sous les yeux des policiers restés les bras croisés. Mais Radmillo a sauvé la vie du pit-bull de Lemon, un ancien criminel de guerre devenu le propriétaire mafieux d’une agence de sécurité. Et Lemon, un dur au coeur tendre et aux pistolets bien chargés, veut tout faire pour plaire à sa fiancée Pearl, une maîtresse-femme qui n’a pas froid aux yeux. Mirko se retrouve à organiser le mariage mafieux des invraisemblables Pearl et Lemon. Les préparatifs tournent au désastre et Mirko, humilié, se déclare prêt à quitter la Serbie pour le Canada : il vient d’être reçu par l’immigration canadienne. Radmillo, désespéré de perdre son amoureux, propose un marché à Lemon : Mirko organisera pour Pearl et Lemon le mariage du siècle si ce dernier accepte de protéger le défilé gai. La réputation des gais étant ce qu’elle est à Belgrade, aucun des agents de Lemon n’accepte, cependant, d’être associé à une telle parade. Lemon fera donc appel à ses anciens ennemis du front, devenus des copains : Niko le Croate, Halil le musulman bosniaque et Azem, un Albanais du Kosovo. Mais Lemon n’est pas au bout de ses peines et le plus grand ennemi de sa réussite pourrait bien être en train de le regarder dans les yeux alors qu’il taille le matin devant le miroir sa barbe de macho. La plus grande qualité de Parada est son habile construction de clichés. Entre les gais délicats qui font du yoga et les anciens combattants qui cachent leurs pistolets dans le frigo (quand ce n’est pas le four à micro-ondes), le film de Dragojevic aurait pu facilement tourner à la farce idiote si ce n’était de la profonde vérité du sujet : oui, confie le réalisateur en entrevue, les faucons au Kosovo livrent vraiment de la coke de qualité, laquelle est vraiment revendue aux militaires américains qui traversent les villages en chars d’assaut. Oui, dans les pays de l’ex-Yougoslavie on est parfois vraiment copain avec le voisin qui vous tirait dessus. Oui, à Belgrade, le moins qui puisse vous arriver si vous êtes homosexuel, c’est d’avoir votre voiture repeinte au goût des insultes du jour. Le pire, c’est d’en mourir. « La guerre en Bosnie a été une création artificielle des Américains », affirme le réalisateur rencontré lors de la Berlinale 2012. « Mon film reflète la réalité : il y avait vraiment beaucoup de complicité avant la guerre entre les groupes ethniques et c’est à nouveau le cas. » Sauf pour les gais… Sur la fin de sa vie, Picasso élaborait ses sculptures à partir d’objets hétéroclites trouvés aux rebus. Dragojevic fait la même chose pour structurer sa comédie, agençant morceau par morceau d’excellents interprètes, des clins d’oeil rigolards à Ben-Hur et aux westerns (vénérés dans le film autant par les machos que par les gais), une mise en scène plaisamment loufoque et un quotidien politique cauchemardesque.

Auteur : Anne-Christine Loranger
Titre : Parada  : quand cliché rime avec vérité
Ouvrage recensé : La Parade — Serbie / Croatie / Macédoine / Slovénie, 2011, 115 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 279, juillet-août 2012, p. 29
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66967ac

Tous droits réservés © La revue Séquences Inc., 2012

À propos d'Érudit | Abonnements | RSS | Conditions d’utilisation | Pour nous joindre | Aide

Consortium Érudit ©  2016