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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 279, juillet-août 2012, p. 42-43

Christopher Nolan

Sous la direction de Sylvain Lavallée

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

L’éternel retourLe Cheval de Turin — Hongrie/France/Allemagne/Suisse/États-Unis 2011, 146 minutes

Claire Valade

Résumé | Extrait

Claire Valade Lauréat de l’Ours d’argent à la 61e Berlinale, en 2011, Le Cheval de Turin porte incontestablement la signature de Béla Tarr, ses thèmes de prédilection et son style inimitable — noir et blanc saisissant, plans-séquences étudiés et construits à la manière d’un peintre brossant une scène sur un canevas, lenteur aussi pesante que signifiante, austérité suprême, rythme hypnotique et contemplatif, propos philosophique aux clés volontairement énigmatiques, pessimisme et fatalité, silence, dialogues condensés à l’essentiel, frugalité et sobriété tant du contenant que du contenu. Malgré tout, il se dégage de toute cette immobilité, de toute cette âpreté une beauté sombre et désespérante qui touche au sublime, dans son sens premier (sublimis, « qui va en s’élevant ») comme dans son sens esthétique. Sans contredit, Le Cheval de Turin est une oeuvre grandiose, d’une force et d’une envergure extrêmes qui l’élèvent au-dessus de la mêlée, une oeuvre qui inspire le respect, renversante et bouleversante. Évidemment, tout ça n’est pas léger. C’est un cinéma aride, difficile, exigeant. On ne court pas à un film de Béla Tarr comme à la foire. Il faut être préparé à la rencontre d’un tel cinéma. C’est lent, c’est long, c’est intense, à un point tel que ça en devient quasi insoutenable, à la limite du supportable. Mais, étonnamment, s’il arrive qu’on regarde sa montre à quelques reprises en se demandant quand tout cela va enfin finir, on se surprend à se demander « Déjà ! ? », une fois cette fin arrivée — et à rester hanté des jours durant par ces puissantes images. Comment un film aussi pénible peut-il somme toute captiver (envoûter !) aussi profondément ? D’abord, il apparaît rapidement que l’on se trouve dans un territoire flou situé aux confins du réel et de l’irréel. Dès l’ouverture sur cet écran noir où résonne la voix d’un narrateur masculin, on est clairement placé dans un contexte appartenant à l’irréel, au littéraire, adhérant à des règles théâtrales. L’écran noir fait l’effet d’un rideau qui s’ouvrira dans un moment sur la scène. La voix off omnisciente vient de nulle part et partout à la fois, comme la voix de Dieu, consciente semble-t-il de tout ce qui a précédé cette ouverture (l’anecdote au sujet de Nietzsche) et consciente aussi de tout ce qui suivra, la voix du narrateur évoquant par là celle du Prologue ou du Choeur du théâtre antique. Nous voici donc d’emblée bien campés dans le domaine du mythique et du symbolique. Lorsque ce rideau daigne enfin s’ouvrir, on découvre pourtant une scène ancrée dans le réel, avec cet interminable travelling sans coupure, ce paysage dévasté avec ces arbres décharnés et ce vent si violent, ce vieil homme, sa charrette et son cheval avançant péniblement sur un chemin cahoteux. Seule la musique — lancinante, répétitive, évolutive — nous rappelle que nous sommes toujours dans le romanesque jusqu’à ce que le premier intertitre, annonçant la structure en six tableaux-chapitres, le confirme sans détour. Commence alors, avec le Jour 1, l’enchaînement de la routine quotidienne du personnage principal, Ohlsdorfer, et de sa fille, qui forme à la fois le corps et le coeur du récit. Le cinéaste nous offrira donc une fable où se côtoient le physique, l’extrêmement concret (dormir, manger, se vêtir, besogner) et le métaphysique, l’extrêmement abstrait (la tempête perpétuellement déchaînée, le cheval jeûnant pour une raison inconnue, le voisin-prophète, l’assèchement mystérieux du puits, l’obscurité soudaine et inexpliquée). Et afin d’imprimer chez le spectateur la portée de tout cela, il faut s’inscrire dans la durée et faire oeuvre de patience. Impossible de mesurer le poids qui pèse sur les personnages sans prendre le temps d’exposer point par point, dans les moindres détails, cette existence monotone aux gestes récurrents : habiller le père, manger avec ses doigts une pomme de terre bouillante, soigner le cheval, alimenter le poêle, allumer les lampes, puiser de l’eau, etc.

Auteur : Claire Valade
Titre : L’éternel retour
Ouvrage recensé : Le Cheval de Turin — Hongrie/France/Allemagne/Suisse/États-Unis 2011, 146 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 279, juillet-août 2012, p. 42-43
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66974ac

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