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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 279, juillet-août 2012, p. 58

Christopher Nolan

Sous la direction de Sylvain Lavallée

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Éloge de l’amourUn amour de jeunesse — France / Allemagne 2011, 110 minutes

Sami Gnaba

Résumé | Extrait

Sami Gnaba En à peine trois films et quatre ans d’activité, cette ancienne critique des Cahiers a dessiné l’une des jeunes filmographies françaises les plus inspirées et cohérentes. Avec Un amour de jeunesse, elle clôt très certainement un tout premier chapitre d’une oeuvre qui a jusqu’ici trouvé ancrage dans des thèmes comme la séparation, la mort, le deuil et les émois de jeunesse. Sensible, lumineux, intimiste, mélancolique, sont les premiers qualificatifs qui se manifestent quand on parcourt son cinéma. Regarder (écouter aussi, car le silence s’impose chez elle) Un amour de jeunesse s’apparente à la lecture d’un journal intime qui nous aurait été confié, chaque scène se dépliant comme une page marquant un instant de vie, une sensation, fugace et irrépressible à la fois. Pour atteindre une telle apparente simplicité de mise en scène, il faut savoir convoquer une extrême rigueur à chaque plan, à chaque mot écrit, pour que l’intelligence de son spectateur ne soit jamais trahie ou trompée. C’est toute l’ampleur de cette réhabilitation du genre dont on parlait plus tôt. Savoir se tenir à distance des clichés, du sentimentalisme triste, qui nourrissent les romances au cinéma aujourd’hui. Savoir restituer aussi, et surtout, à chaque geste, même le plus délicat, même le plus subtil, toute sa teneur, toute sa fièvre amoureuse. Savoir conserver l’urgence, la vérité de ce qu’on veut raconter, de façon à rendre personnelle et universelle à la fois l’histoire de Camille. C’est savoir aussi reconnaître à cet amour de jeunesse chroniqué la maladresse de ses mots, la validité de ses doutes, ses troubles. Celui dans lequel Camille est prête à s’abandonner sans restriction (jusqu’à en mourir) et auquel Sullivan impose des limites, de par son désir de voyager. Par exemple, devant le refus de Camille de le voir partir, il lui rappelle qu’elle « ne peut pas tout faire reposer (sur lui) », avant d’ajouter : « Il faut que tu vives aussi de ton côté. » Ce qui sera en jeu ici, c’est cette réalité passionnelle, torturée et douloureuse de leur amour. C’est à cet état d’obscurité du coeur auquel se réfère plus tard Lorenz, quand il suscite la participation de ses élèves (dont fait partie Camille) sur la définition du mot « lueur ». Par là, il suggérera que pour voir s’échapper une lueur, il faut inexorablement qu’elle passe par l’obscurité. Mélancolique et dépressive, Camille vivait refermée sur elle-même, dans son amour exclusif, résistant au monde extérieur. Et si sa rupture avec Sullivan s’est avérée bénéfique, c’est qu’elle a pu l’aider à se bâtir, à « devenir une vraie personne », indépendamment de leur amour. Divisé en trois parties, Un amour de jeunesse inscrit cette métamorphose dans une durée de presque dix ans. Parallèlement à cet amour qui ne cesse de s’évanouir et de continuer (on pense alors au très beau Laurence Anyways de Dolan), le film illustre les déambulations existentielles (boulots, divorce parental, amourettes...) de son héroïne jusqu’à son émancipation. Le recours aux moyens de transport fréquents, aux passerelles, aux ponts, ou encore à cette rivière à lourde charge symbolique, explicitant là le parcours de cette transformation. La transformation de Camille ne sera jamais aussi palpable que dans le dernier acte du film, dans lequel on la retrouve en couple avec Lorenz, tout en ayant renoué avec Sullivan. Mais même là, la résolution demeure fuyante, incertaine. À un moment, Sullivan voudra lui faire discerner son infidélité. Or, Camille, à mille lieues de celle qu’elle fut au début, se pose sur le lit, dos à lui, avant de lui déclarer « que ça la regarde ». Le plan est bouleversant, car il ne fait que démontrer encore fois l’irrationalité de cet amour passionnel, que la raison n’a aucune emprise sur la vérité du coeur.

Auteur : Sami Gnaba
Titre : Éloge de l’amour
Ouvrage recensé : Un amour de jeunesse — France / Allemagne 2011, 110 minutes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 279, juillet-août 2012, p. 58
URI : http://id.erudit.org/iderudit/66984ac

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