Érudit - Promouvoir et diffuser la recherche
FrançaisEnglishEspañol
 

Recherche détaillée

.

Séquences : la revue de cinéma

Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 4-5

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

sequences1081634
< PrécédentSuivant >

Abonnement requis!

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Toutes les archives des revues diffusées sur Érudit sont en accès libre (barrière mobile de 2 ou 3 ans). Pour plus d’information, consulter la page Abonnements et politique d’accès.

Connexion (abonné individuel)

Article

Festival de Cannes — Prise IIFilms de femmes

Pierre Pageau

Résumé | Extrait

Festival de Cannes — Prise II Films de femmes Nous avons cherché ces films que Thierry Frémeaux n’a pas trouvés pour sa Compétition officielle : des films réalisés par des femmes. Après une année record l’an dernier, c’était la disette en 2012. Parmi les oeuvres vues, nous en avons trouvé trois, et de qualité, dans les trois autres sections — Camille redouble (Quinzaine des réalisateurs), Djeca / Les enfants de Sarajevo (Un certain regard), Augustine (Semaine de la critique) —, qui toutes expriment un point de vue féminin sur le monde. Pierre Pageau Augustine d’Alice Winocour est un petit film qui est passé totalement inaperçu à Cannes cette année; c’est ce qui se produit souvent pour les films dans la section « Semaine de la critique ». Pourtant, il méritait le détour. Augustine est l’équivalent féminin du Dangerous Method de Cronenberg. Ici, la patiente se nomme Augustine et le « guérisseur » se nomme Jean-Martin Charcot (1825-1893); psychanalyste avant son temps, professeur de Freud, premier spécialiste de la neurologie). Le récit relate donc un fait vérifiable historiquement, comme l’était aussi la relation entre Jung et sa patiente dans le film de Cronenberg. Une voix off ouvre le film. Nous aurons une narration qui sera un témoignage sur le vécu d’Augustine. Elle est servante dans une famille de riches. Un jour, au moment de servir ses maîtres, elle se met à trembler, puis s’étouffe; on va la considérer dès lors comme « possédée ». C’est ainsi qu’elle se retrouve chez le docteur Charcot, devenant bientôt pour lui celle qui l’aidera à prouver à ses confrères scientifiques que l’hypnose peut guérir certains traumatismes neurologiques. Augustine souffrirait selon Charcot d’une « hystérie ovarienne »; il cite Maupassant (qui n’avait pas une idée particulièrement positive des femmes et de leurs maladies) : « De tout temps, les femmes ont été des hystériques. » La réalisatrice, à travers les propos d’un Maupassant, ou ceux de la confrérie de Charcot, révèle une misogynie bien présente à l’époque. Charcot ne semble pas vraiment avoir une aversion pour la femme, son corps et ses comportements, mais il s’en sert comme un objet d’étude scientifique, utile dans sa quête de subventions pour maintenir son hôpital en opération. Lors d’une démonstration de sa méthode devant un groupe de spécialistes et de financiers, Augustine va ainsi feindre la maladie, son « hystérie », pour aider Charcot. Le lien se fait; le transfert, souvent ambigu, entre la patiente et le docteur s’accomplit. Le film est fondamentalement conçu pour la télévision et cela se ressent, c’est dommage. Mais le point de vue critique, féministe, lui donne une vigueur qui compense pour cette mise en scène conventionnelle. De plus, la reconstitution d’époque n’est pas surchargée et dresse un portrait fort juste des moeurs du temps. Dans la section Un certain regard, le film Les Enfants de Sarajevo (Djeca) d’Aida Begic (de Bosnie-Herzégovine) se mérite une Mention spéciale du jury; il aurait eu sa place en compétition officielle. La réalisatrice est venue chercher son prix en portant fièrement son hijab, en toute connaissance de cause, avec beaucoup de dignité. Le film nous fait comprendre ce choix. Rahima (23 ans) et son frère Nedim (14 ans) habitent à Sarajevo. Ce sont deux orphelins de la guerre de Bosnie. Rahima trouve un réconfort dans l’Islam et elle a décidé de porter le voile. Elle fait ce choix à la suite de trop nombreux actes de barbarie perpétrés contre la communauté musulmane et espère que son frère suivra ses pas. Mais si, dans un premier temps, la religion se présente comme la grande valeur refuge pour Rahima, la fin nous démontrera que c’est son rêve d’une famille enfin réunie qui lui importe le plus.

Auteur : Pierre Pageau
Titre : Festival de Cannes — Prise II : films de femmes
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 4-5
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67378ac

Tous droits réservés © La revue Séquences Inc., 2012

À propos d'Érudit | Abonnements | RSS | Conditions d’utilisation | Pour nous joindre | Aide

Consortium Érudit ©  2015