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Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 12-14

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Article

Mihai Chirilov« Mr New-Wave » — Chronique d’une mort annoncée

Propos recueillis par

Guilhem Caillard

Résumé | Extrait

Propos recueillis par Guilhem Caillard Derrière autant d’éclectisme, de partis pris, d’innovation et d’acharnement, s’illustre la personnalité haute en couleur d’un passionné : le directeur artistique Mihai Chirilov, présent depuis les débuts. Son analyse sur l’évolution du festival et les récents accomplissements du cinéma roumain est riche d’enseignements. D’autant que cette année, le programmateur et critique se veut nuancé : il annonce la mort de ce qu’il surnomme « Mr New-Wave », le cinéma roumain étant désormais prêt à s’engager sur de nouveaux territoires... Commençons avec Alex Leo Serban, dont vous avez plusieurs fois parlé : qui était-il ? Alex était le critique roumain le plus connu, mort à 51 ans. Il écrivait sur le cinéma depuis vingt ans. Son approche était différente, à l’opposé de la plupart des critiques qui écrivent encore en Roumanie. Lorsqu’il parlait des films, il faisait référence à d’autres domaines. Académique lorsqu’on le lui demandait, il pouvait aussi bien écrire avec légèreté. Il était capable d’offrir à n’importe qui ce qu’il attendait. Il adaptait son discours en fonction de ses lecteurs et faisait preuve d’ouverture. Quelle est la situation de la critique cinématographique aujourd’hui en Roumanie ? Pas très glorieuse. L’approche critique des arts se perd. C’est une tradition autrefois forte qui s’effrite. Il existait des publications réputées dédiées à la culture, le monde des arts, la vie mondaine. De grands connaisseurs écrivaient. Pendant le régime communiste, nous n’avions accès qu’à des oeuvres de propagande et à certains films hollywoodiens considérés comme « politiquement non dangereux ». Après la révolution de décembre 1989, des personnalités comme Alex sont entrées en scène. Tout est redevenu possible, c’était la folie. Je faisais des études en polytechnique, et suis rentré dans le monde de la critique comme un nouveau hobby auquel je n’aurais jamais eu accès avant. J’ai débuté dans une période magnifique. Je travaillais pour Pro-Cinéma, un magazine édité par un groupe médiatique important, mais aussi pour Republic, une revue indépendante dirigée par des architectes passionnés qui avaient leur propre revue d’architecture, mais s’étaient aussi lancés dans un journal cinématographique et musical. Ces deux magazines ont disparu en dix ans. J’ai une explication. Après la fin de Nicolae Ceausescu, un nombre croissant de films étrangers est apparu; de plus en plus de gens se sont sentis juges, s’arrogeant le droit de dire si tel film devait, ou pas, être vu. Au sein des rédactions de ces revues, les avis se sont confrontés. On entendait les directeurs de publication reprocher aux critiques d’avoir donné huit étoiles au dernier Almodóvar, alors que le film n’en valait, selon eux, aucune. C’est vite devenu un milieu artificiel, sans la prise de recul nécessaire, peut-être aussi parce que tout est allé trop vite. Les rédactions ont éclaté pour de bêtes histoires de désaccord, et les revues sont mortes. Le travail d’un critique est de critiquer, que l’avis sur le film soit bon ou mauvais, cela doit être son avis. Ce phénomène s’est étendu à tous les périodiques, mais aussi aux cahiers culturels des quotidiens. Combien de fois ai-je rencontré des rédacteurs en chef qui me disaient d’éviter de juger un film ? On me demandait de parler du contexte, d’écrire trois mots sur l’histoire et les acteurs, point final. C’est ainsi que la critique cinématographique a disparu progressivement du paysage roumain. Peut-on croire à une renaissance aujourd’hui ? Cela n’arrivera pas. Personne n’a été assez malin pour mettre à profit la critique en même temps que la renaissance du cinéma roumain des années 2000. La masse critique ne s’est jamais réellement reconstruite. C’est comme si chacun avait raté sa chance. Le magazine AperiTIFF, dont la dernière édition a été lancée à l’occasion du festival de Cluj, est une exception.

Auteur : Guilhem Caillard
Titre : Mihai Chirilov : « Mr New-Wave » — Chronique d’une mort annoncée
Revue : , Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 12-14
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67383ac

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