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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 16

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Compte rendu

Le miroir à deux facesMarie-Dominique Lelièvre, Brigitte Bardot plein la vue, Paris : Flammarion, 2012, 343 pages

Élie Castiel

Résumé | Extrait

Tout est là, dans Brigitte Bardot plein la vue, la femme et la star, un ouvrage à la fois romantique et teinté d’un charme délicieusement suranné. PANORAMIQUE | Scripts Brigitte Bardot plein la vue Le miroir à deux faces Brigitte Bardot, la femme libérée, affiche une image puérilement et perpétuellement égocentrique, sans doute comme pour se protéger, pour ne pas se laisser rapidement emporter par un star-system trop insensible et indéniablement insatiable. Elle laisse tomber son métier à un moment où le cinéma et le monde changent, où la femme publique se découvre une nouvelle façon de penser, de voir, de s’afficher, à un moment où l’homme va devoir lui aussi modifier son comportement quant à ses rapports au sexe opposé. Élie Castiel Bref, à un moment où Brigitte Bardot n’a plus de raisons de continuer. Bardot n’est pas du domaine collectif, mais de l’individuel, condition indispensable pour affirmer son statut de vedette. La star française l’a compris puisque son tempérament ne lui permet pas de s’adapter aux nouvelles normes des mentalités. Elle prend donc le chemin du social, s’élève pour la défense des animaux et se retire, droite, souveraine, paradoxale, ne reculant devant rien pour étaler publiquement ses idées controversées. C’est ce qu’a compris Marie-Dominique Lelièvre, auteure de biographies sur Françoise Sagan, Yves Saint-Laurent et Serge Gainsbourg, autres icônes non conformistes qui affichent, comme Bardot, une indépendance à la fois suprême et assurée, qui revendiquent le droit à l’excentricité. L’ouvrage, informatif et passionnant, consiste en vingt chapitres, vingt étapes dans la vie de la star, que Lelièvre écrit avec une déréliction retenue de peur de ne pas être comprise, parfois naïve parce que trop prise par le sujet, ou mieux encore, parce que trop éprise du sujet. Mais on la croit sincère, franche, apportant de nouveaux témoignages sur la vie de cette vedette déjà scrutée sous toutes les coutures. Marie-Dominique Lelièvre s’en prend adroitement aux détracteurs de Bardot, critique gentiment l’objet de son admiration, mais très vite se reprend pour l’aduler, la comprendre et la défendre. Lelièvre cultive parfois des souvenirs intimes : « Bardot, c’est ma mère. Sa friandise favorite : les marrons glacés. Ma mère collectionne aussi les opalines aux couleurs laiteuses et sur une commode achetée aux Puces se dresse une imposante boîte à bijoux remplie de faux bijoux qu’elle ne porte jamais. Au pied du lit, comme Bardot, un téléviseur qu’elle regarde allongée… »1 Est-ce de la bardolâtrie ou encore une autre façon de parler de la nostalgie ? Toujours est-il que l’auteure navigue incessamment entre la volonté d’arrêter le temps et, comme journaliste responsable, de continuer la route, quitte à se laisser éclabousser. Les zones d’ombre sont évoquées, mais de façon pas trop appuyées, sans doute pour ne pas ternir le sujet. Elle consacre quand même un chapitre à Nicolas, le fils non souhaité de Bardot, dont l’auteure affiche les faux pas (« L’épisode coûte cher à Bardot. Ses propos méprisants lui aliènent l’affection de son fils, mais aussi la sympathie d’admirateurs choqués. L’actrice grille sa dernière cartouche : sa popularité. »2 Entre l’admiration et la réprimande, entre l’adulation et la prise de conscience, le livre de Lelièvre situe le personnage central dans un univers particulier, parfois surréaliste, hors du commun. Elle évoque la vie de jet-set avec grâce et mélancolie, remet les pendules à l’heure quand il s’agit de montrer la liberté extrême du comportement de la vedette. La star collectionne les amants, défie la morale de son époque et, mine de rien, affiche son autonomie avec une grâce élégante et une ironie innocente. En évitant les obstacles, Lelièvre protège sa propre perception de la comédienne, image qu’elle ne tient pas à salir. Brigitte Bardot a abandonné le cinéma à temps, consciente du temps qui passe, des nouvelles modes qui sévissent, des transformations parfois non voulues et surtout des nombreuses mutations sociopolitiques qui l’inciteront à des prises de position extrêmes, souvent indésirables.

Auteur : Élie Castiel
Titre : Le miroir à deux faces
Ouvrage recensé : Marie-Dominique Lelièvre, Brigitte Bardot plein la vue, Paris : Flammarion, 2012, 343 pages
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 16
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67385ac

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