Érudit - Promouvoir et diffuser la recherche
FrançaisEnglishEspañol
 

Recherche détaillée

.

Séquences : la revue de cinéma

Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 18

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

sequences1081634
< PrécédentSuivant >

Abonnement requis!

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Toutes les archives des revues diffusées sur Érudit sont en accès libre (barrière mobile de 2 ou 3 ans). Pour plus d’information, consulter la page Abonnements et politique d’accès.

Connexion (abonné individuel)

Compte rendu

De la procréation à la créationAnna Lupien, De la cuisine au studio, Montréal : Éditions du remue-ménage, 2012, 206 pages

Pierre-Alexandre Fradet

Résumé | Extrait

Évoluer dans l’univers intime, en effet, n’est-ce pas une manière de faire communauté en tissant des liens étroits avec un nombre réduit d’individus, plutôt que d’engager une relation superficielle avec tout un chacun ? PANORAMIQUE | Scripts De la cuisine au studio De la procréation à la création À l’heure où les femmes ne forment encore qu’une minuscule fraction des réalisateurs et où la diffusion internationale de leurs oeuvres demeure on ne peut plus malaisée, Anna Lupien donne voix à des modèles féminins issus de trois générations : des signataires du Refus global, des cinéastes affiliées au Studio D et à la série En tant que femmes, et des artistes associées au Studio XX. Au total, le lecteur a droit aux témoignages de douze femmes, dont l’expérience exprime la possibilité et le devoir d’ébranler artistiquement l’ordre patriarcal. Pierre-Alexandre Fradet Madeleine Arbour, Christine Brault, Mireille Dansereau, Dorothy Todd Hénaut, Stéphanie Lagueux, Bérengère Marin-Dubuard, Helena Martin Franco, Terre Nash, Anne-Claire Poirier, Françoise Riopelle, Bonnie Sherr Klein et Françoise Sullivan : chacune à leur façon, ces créatrices ont « pratiqué des brèches dans l’ordre des choses, marqué nos imaginaires et semé des idées pour la suite du monde » (p. 180). Quel usage Lupien fait-elle des témoignages de ces artistes ? Au lieu de les étouffer dans un amoncellement d’abstractions, elle crée une véritable interaction entre eux et la théorie. C’est que l’auteure « envisag[e] [s]a démarche de recherche comme un processus dynamique où les outils méthodologiques servent la réflexion sans la dominer » (p. 38). Son approche est constructiviste plutôt que naturaliste ou essentialiste : elle « permet de comprendre la position particulière des femmes dans le monde de l’art sans pour autant rejeter toute idée de spécificité » (p. 168). Cette spécificité vient notamment de la grossesse, de la maternité et du réseau d’attentes qui pèsent sur la condition féminine. Des études le démontrent : en majorité, ce sont encore les femmes qui sont confinées dans la sphère privée et qui accomplissent les tâches ménagères. Or, à défaut de financer les créatrices d’aujourd’hui (dont Anne Émond, Myriam Verreault, Sophie Deraspe et Anne-Marie Ngô, dans le milieu cinématographique), les perspectives féminines sur l’univers privé resteront invisibles et l’on ne contribuera pas à faire contrepoids à la réclusion des femmes dans cet univers. L’ouvrage de Lupien cherche ainsi à contribuer à l’auto-nomisation des femmes. Autonomie fragile, précaire et qui doit permettre aux artistes de servir le bien commun plutôt que la simple expression de leur subjectivité (p. 16). Lupien insiste sur les capacités de l’art à transformer l’imaginaire symbolique dans une perspective égalitaire. Elle rappelle par ailleurs les vertus de l’art contextuel. Loin de se cloîtrer dans les musées-cimetières et de revêtir un caractère immuable, cet art intervient dans le monde et s’enrichit au contact des spectateurs, les prenant quelquefois au piège. Par le street art, certaines performances et les happenings en tous genres, les artistes contextuels rejoignent un vaste public et peuvent mettre en évidence les particularités de la sphère privée. On mesure dès lors à quel point leur travail est crucial d’un point de vue féministe. Titulaire d’une maîtrise en socio-logie de l’UQAM, l'auteure fait de la distinction entre la sphère privée et la sphère publique l’un des fils conducteurs de son analyse. Si elle milite à bon droit pour que les femmes puissent s’abstraire de la sphère privée, elle en dit assez peu sur la source d’accomplissement et d’inspiration que peut représenter cette sphère même. On ne saurait en faire grief à l’auteure, car il lui arrive de dépeindre « l’univers privé et intime comme [un] espace épargné par le conformisme et par l’uniformisation de la société de masse » (p.

Auteur : Pierre-Alexandre Fradet
Titre : De la procréation à la création
Ouvrage recensé : Anna Lupien, De la cuisine au studio, Montréal : Éditions du remue-ménage, 2012, 206 pages
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 18
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67387ac

Tous droits réservés © La revue Séquences Inc., 2012

À propos d'Érudit | Abonnements | RSS | Conditions d’utilisation | Pour nous joindre | Aide

Consortium Érudit ©  2016