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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 24-27

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Article

Stanley CavellQuand la philosophie fait salle comble

Pamela Pianezza

Résumé | Extrait

Pamela Pianezza Terence Malick, Luc Dardenne, Jacques Audiard ou Arnaud Desplechin se revendiquent de sa pensée. À 86 ans, Stanley Cavell n’est rien de moins qu’une rock star de la philosophie, à l’origine d’une véritable révolution culturelle : il a su identifier le cinéma comme le lieu par excellence d’une éducation de soi et de l’apprentissage d’un mieux-vivre. Comme la philosophie, le cinéma nous rend meilleurs, ce qu’il s’attache à démontrer année après année, de cours à la faculté de Harvard en livres traduits en français au compte-gouttes. Cavell n’est évidemment pas le premier à avoir associé philosophie et cinéma, mais personne avant lui n’avait mis ces deux « disciplines » sur un tel pied d’égalité, au point de laisser au cinéma le soin de réinterpréter la philosophie tandis que ses confrères — Deleuze en premier lieu — adoptaient l’attitude inverse. Deux ouvrages (re)sortis cette année sont donc l’occasion de (re)découvrir le travail de ce philosophe audacieux. D’une part, La Protestation des larmes, publié aux États-Unis en 1996 et enfin traduit par les ambitieuses éditions Capricci. D’autre part, à lire en préambule, car il constitue l’introduction idéale à sa philosophie, Stanley Cavell, le cinéma et le scepticisme, d’Elise Domenach (Presses universitaires de France). La Protestation des larmes complète tout en le contrariant un premier travail rédigé en 1981 : À la recherche du bonheur, sans doute son essai le plus célèbre. Se basant sur sept grandes comédies classiques hollywoodiennes, Cavell y théorisait l’existence d’un genre nouveau qu’il baptisa « comédie du remariage ». Dans ces films où « l’humiliation du mariage » était « surmontée » par un remariage, Cavell voyait une illustration de l’idéal perfectionniste du couple américain, perçu comme une conversation ininterrompue à travers laquelle l’épouse parachevait son éducation. « Les comédies du remariage commencent ou culminent avec la menace de la fin d’un mariage, la menace d’un divorce, détaille Cavell. L’intrigue consiste à unir le couple originel une nouvelle fois, alors que dans les comédies classiques — du moins celles qu’on appelle les comédies nouvelles —, le jeune couple devant braver les obstacles souhaite s’unir pour la première fois, dans le cadre d’un mariage. » The Philadelphia Story ou Adam’s Rib (George Cukor, 1940 et 1949) en sont deux des principaux spécimens. La Protestation des larmes vise à l’identification d’un second genre (ou sous-genre), symétrique aux comédies du remariage : le mélodrame de la femme inconnue. Quatre films des années 1930-1940 appuient la démonstration : Letter From An Unknown Woman (Lettre d'une inconnue, Max Ophuls, 1948), qui a inspiré le titre du genre dans lequel il s’inscrit désormais, Gaslight (George Cukor, 1944), Stella Dallas (King Vidor, 1937) et Now, Voyager (Irving Rapper, 1942). Dans tous ces films, une femme rêve d’indépendance et d’éducation (autrement dit, de réalisation personnelle) quand elle comprend que ce désir ne se concrétisera que par un refus du cadre du mariage. Ainsi, dans Letter From an Unknown Woman (adaptée d’une nouvelle de Stefan Zweig), Lisa (Joan Fontaine) se prend de passion pour son voisin, un pianiste coureur de jupons qui l’oubliera immédiatement après leur première nuit. Dans Gaslight (Hantise) Paula (Ingrid Bergman) accepte pour contenter son mari (encore un pianiste !) de quitter l’Italie pour réinvestir la maison londonienne de son enfance qu’elle avait préféré fuir après l’assassinat de sa tante. Le comportement de son époux change dès leur installation en Angleterre. Il l’accuse de sombrer dans la folie et Paula en vient à douter de sa santé mentale. Dans Stella Dallas, Stella (Barbara Stanwyck), une jeune fille de la classe ouvrière, parvient à grimper dans l’échelle sociale grâce à son mariage avec un homme « de la haute », qui la délaisse après la naissance de leur fille.

Auteur : Pamela Pianezza
Titre : Stanley Cavell : quand la philosophie fait salle comble
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 24-27
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67391ac

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