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Séquences : la revue de cinéma

Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 32-33

Direction : Yves Beauregard (directeur)

Rédaction : Élie Castiel (rédacteur en chef)

Éditeur : La revue Séquences Inc.

ISSN : 0037-2412 (imprimé)  1923-5100 (numérique)

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Article

César doit mourirLe factice au service de la véritéCesare deve morire — Italie 2011, 1 h 22

Anne-Christine Loranger

Résumé | Extrait

Anne-Christine Loranger On ne sait ce que les acteurs de César doit mourir ont fait pour se retrouver dans la prison à sécurité maximale de Rebibbia, à Rome. On connaît cependant leurs sentences : 17 ans ferme, 26 ans ferme, prison à vie dans plusieurs cas. Deux d’entre eux, comme Salvatore Striano qui joue le rôle de Brutus, ont obtenu leur pardon et sont déjà sortis de prison. Certains, comme Cosimo Rega (Cassius), n’en sortiront jamais. Mais tous partagent la passion de jouer Jules César. Tous s’y donnent à corps perdu, transcendant leur inexpérience par la joie de créer ensemble. Les frères Taviani ont passé six mois à travailler avec les détenus de Rebibbia en vue de créer leur film. Habitués à tourner des oeuvres littéraires (Padre Padrone, Les Affinités électives, Le Mas des alouettes), des films d’époque en costume (Le soleil même la nuit, Allonsanfan) ainsi que des documentaires, les cinéastes octogénaires originaires de la Sicile mêlent les trois genres au sein de César doit mourir. Docufiction à saveur shakespearienne, passant de la couleur au noir et blanc, le film transcende les genres et saupoudre le vrai de faux, suscitant davantage de questions qu’il n’apporte de réponses. Drames personnels et mouvements de masse Encouragé par Cassius, Brutus, un préfet romain et ami personnel de Jules César, se joint à un groupe de sénateurs qui croient que César essaie de transformer la République en monarchie pour son propre compte. Suite au meurtre de César, les conjurés affrontent un groupe dirigé par Marc-Antoine et Octave sur la plaine de Filippi. Cassius et Brutus y meurent, après quoi Marc-Antoine rend hommage à la pure noblesse de ce dernier. Le texte original de Shakespeare, fortement remanié, élimine les personnages féminins de Calpurnia et Portia. Les scènes ont été traduites de façon à ce que chaque acteur puisse jouer son rôle dans le dialecte italien qui lui est propre, ce qui ramène l’idée de l’oeuvre shakespearienne en tant que théâtre populaire. Cette idée reflète également l’affection que les Taviani ont toujours gardé pour la forme aujourd’hui oubliée du Teatro di massa italien des années 1930-1940, pièces de théâtre comportant des centaines, voire des milliers de figurants. Un théâtre où les mouvements de foule, autant que le jeu individuel, créent l’impression théâtrale. La Nuit de San Lorenzo, histoire des habitants d’un village fuyant les nazis à la fin de la guerre tandis qu’un vieil homme retrouve la femme qu’il aimait, est représentative de l’alternance tavianienne entre mouvement collectif et drame individuel. La même idée d’alternance est reprise dans César doit mourir : tandis que le meurtre se trame, la foule des prisonniers qui ne jouent pas la pièce, mais qui en suivent les répétitions, est massée derrière ses barreaux. Le peuple des hommes incarcérés — comme celui des habitants de San Lorenzo enfermés dans leur Église par les nazis — prend position, crie, interpelle, s’exclame sur la tuerie à venir, tous en suivant les scènes qui se déroulent devant lui, dans les cours de béton, les corridors grillagés et les cellules à cinq lits. C’est ce peuple-là qui, dans son émotion, rend l’importance qu’a prise la pièce pour les acteurs, laquelle dépasse largement le cadre du jeu. Le corps est une notion essentielle du film : qu’il soit massif, effondré ou pensif, que les yeux soient tournés vers le ciel ou fermés par la souffrance, le corps filmé par les Taviani rend une émotion brute, nue, quasi sexuelle dans sa crudité. Les cinéastes ont privilégié une alternance entre des cadrages serrés des visages mobiles et des plans d’ensemble sur des groupes d’individus plus compacts, parfois presque immobiles. Le film y gagne en intensité, même si les acteurs peinent par moments à exprimer leurs sentiments face à la caméra hors les scènes de Jules César.

Auteur : Anne-Christine Loranger
Titre : César doit mourir : le factice au service de la vérité
Ouvrage recensé : Cesare deve morire — Italie 2011, 1 h 22
Revue : Séquences : la revue de cinéma, Numéro 280, septembre-octobre 2012, p. 32-33
URI : http://id.erudit.org/iderudit/67394ac

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